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06/02/2026

Les plus grandes fake news qui ont marqué l’Histoire

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La désinformation n'a pas attendue Donald Trump et ses "vérités alternatives". Rumeurs, bobards ou manipulations de masse : ils existent depuis des millénaires. Leur objectif ? Servir le pouvoir, discréditer un ennemi ou souder une communauté contre un bouc émissaire.

"Les fausses nouvelles naissent toujours des mêmes causes : illusions des sens, préjugés, rumeurs collectives." Né en 1886, le grand historien Marc Bloch n’a jamais entendu parlé de "fake news" ; terme imposé par Donald Trump lors de la campagne électorale de 2016. Et pourtant, son diagnostic n’a jamais paru aussi pertinent.

Vidéos truquées : des deepfakes de Biden envahissent TikTok et X

Des exemples ? Au printemps 2024, une vidéo montrant Joe Biden annoncer l’envoi de troupes en Ukraine a circulé à une vitesse vertigineuse sur X et TikTok. Bientôt on apprendrait qu’il s’agissait d’une "deep fake", une vidéo truquée avec l'Intelligence artificielle. Quelques mois plus tard, la voix du président était détournée dans des messages téléphoniques où il dissuadait de voter pour Kamala Harris aux présidentielles. Visant la même personne, réputée sénile, ces deux cas parmi tant d’autres attestent du nouveau visage terrifiant de la désinformation.

Pourquoi les fake news générées par l’IA inquiètent les services de renseignement ?

Toujours plus sophistiquée, toujours plus crédible grâce à l'IA. Toujours plus virale grâce aux réseaux sociaux. Lorsqu’il s’agit de montrer le pape François en doudoune Balenciaga, la supercherie prête à sourire. Mais quand le but est de fausser un scrutin ou de jeter de l’huile sur le feu entre deux pays ou communautés, il y a tout lieu de frémir. Au point que chefs d’Etat et agences de renseignements s’en préoccupent désormais sérieusement.

Les Romains inventaient-ils déjà des fake news pour manipuler les foules ?

La pratique de l’infox est aussi vieille que l’histoire. Depuis des millénaires, on ment, on invente, on truque, on salit pour abuser les masses. Dans la Grèce antique déjà, les stratèges savent qu’un récit peut dispenser d’une armée. On colporte ainsi l’idée que certains peuples sont nés lâches ou serviles pour justifier leur domination.

À Rome, les empereurs diffusent des rumeurs dégradantes sur leurs adversaires politiques. Néron, dit-on, accusa sa propre mère de conspirer pour légitimer son assassinat. Et fit porter le chapeau de l’incendie de Rome aux chrétiens.

Comment les rumeurs antisémites ont-elles mené à des massacres au Moyen Âge ?

Au Moyen Âge, c’est à ces derniers de trouver un coupable systématique. À partir du XIe siècle, une série de rumeurs délirantes vise les communautés juives d’Europe au gré des malheurs qui y sévissent. On les accuse de sacrifier des enfants chrétiens dans des "meurtres rituels", d’utiliser leur sang pour confectionner le pain azyme de la Pâque, ou d’empoisonner les puits, alors que la peste noire décime le continent en 1348. Cette fake news, qui se propage de ville en ville, entraîne des massacres.

L’anthropologue René Girard a disséqué le phénomène : "La communauté, menacée par une crise qu’elle ne comprend pas, projette ses angoisses sur une minorité et la désigne comme coupable. Le bouc émissaire permet de restaurer une unité sociale menacée par la peur".

Pourquoi des milliers de femmes ont-elles été brûlées vives comme "sorcières" ?

Quelques siècles plus tard, ce sont les femmes marginales ou indépendantes que cible la désinformation. La Renaissance, pourtant associée à l’humanisme et aux progrès de la rationalité, est aussi l’époque de la grande chasse aux "sorcières" : entre le XVe et le XVIIe siècle, en Europe, des dizaines de milliers de femmes sont envoyées au bûcher. Les accusations sont presque toujours construites sur le même schéma : pacte avec le diable, sabbat nocturne, pouvoirs maléfiques.

Derrière, se cache une peur sociale ; celle des femmes qui échappent au contrôle des structures familiales ou ecclésiales. Dans Caliban et la sorcière, l’historienne Silvia Federici résume ce lynchage : "La sorcière est la figure de la femme indisciplinée, insoumise que la société patriarcale a voulu réduire par la terreur".

Ces bobards judiciaires sont orchestrés par les autorités religieuses et politiques. Manuels de démonologie, sermons enflammés, gravures terrifiantes alimentent une véritable psychose collective. Ici, le mensonge est une arme pour maintenir un ordre social.

Comment l’imprimerie fait exploser le nombre de fake news ?

Avec l’invention de l’imprimerie au XVe siècle, les fake news changent d’échelle. Comme le souligne l’historien Roger Chartier, "l’imprimé n’a pas seulement diffusé le savoir, il a aussi décuplé la portée des rumeurs et des fausses nouvelles".

Des milliers de feuillets circulent rapidement dans toute l’Europe, colportant récits fantastiques (les "canards", ancêtre de la presse de caniveau) ou accusations politiques (les libelles). Les guerres de religion offrent un terrain propice : catholiques et protestants s'accusent respectivement des pires turpitudes.

L’image joue un rôle central : une gravure pouvait, en un coup d’œil, faire passer l’adversaire pour un monstre. En n’autorisant à paraître que les journaux aux ordres, la Monarchie croit pouvoir imposer son officiel son de cloche. Mais la censure ne peut tout contrôler… Fake news contre propagande : bonne chance à la vérité pour retrouver ses petits !

La grande loi de 1881 sur la presse conditionne sa tardive liberté à certaines exigences. Dont celle-ci, inédite : "La publication, la diffusion ou la reproduction, par quelque moyen que ce soit, de nouvelles fausses, de pièces fabriquées, falsifiées ou mensongèrement attribuées à des tiers, sera punie d’une amende". Lors de la guerre de 14-18, ce noble dispositif servira à condamner des informations de défaites ou de trahisons, perçues comme dangereuses pour le moral de l’arrière… Tout sauf des fake news.

Source Caminteresse