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22/03/2018

États-unis. 200 millions d’électeurs fichés, profilés via Facebook

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Pierric Marissal, Journaliste, spécialiste des nouvelles technologies. L'Humanité

Un lanceur d’alerte a révélé comment l’entreprise Cambridge Analytica a orchestré la campagne présidentielle de Donald Trump en aspirant des dizaines de millions de comptes Facebook américains pour créer des profils électoraux.

«Nous avons utilisé Facebook pour récolter des millions de profils de personnes. Et construit des modèles pour exploiter ce que nous savions à leur sujet et cibler leurs démons intérieurs », a expliqué Christopher Wylie, le lanceur d’alerte qui a révélé les pratiques de Cambridge Analytica à l’hebdomadaire britannique The Observer, le week-end dernier.

L’entreprise avait un accord avec Facebook, lui permettant d’accéder aux profils des États-Uniens et de récupérer leurs données, utilisées pour profiler les électeurs et influencer la campagne américaine. « Ce n’est pas une fuite, le réseau social était au courant et n’a révoqué les droits de Cambridge Analytica que la semaine dernière », assure Fabrice Epelboin, spécialiste en cybersécurité et enseignant en géopolitique du numérique à Sciences-Po Paris. Pour autant, les plus de 50 millions d’États-Uniens dont le profil a été absorbé et analysé n’ont jamais donné leur consentement. La sévère chute en Bourse de Facebook ces deux derniers jours en est la conséquence.

« Il y a une transformation du capitalisme, qui devient de surveillance »

De plus, Cambridge Analytica avait lancé un grand jeu concours sur le réseau social : un test de personnalité, présenté comme un travail de recherche réalisé par des psychologues. C’est sur cette application-là que le lanceur d’alerte travaillait. 270 000 personnes ont répondu, ce qui a permis de croiser les données de Facebook avec ces profils psychologiques détaillés. Des milliers de petites mains, payées à la tâche sur des plateformes de microtravail comme Amazon Mechanical Turk, ont permis ensuite de rendre ces monceaux de données digestes pour un algorithme. « Ce qui, dans un second temps, a permis à Cambridge de créer un outil qui, à partir d’un simple compte Facebook, peut donner le profil psychologique de la personne, poursuit Fabrice Epelboin.

Il faut environ 70 likes pour commencer à déduire un profil cohérent : qui est plutôt dépressif, maniaque ou autre… » Outre ce profil psychologique, l’outil peut permettre de déterminer les orientations sexuelles, religieuses et surtout politiques. Entre 2014 et 2016, 200 millions d’électeurs ont ainsi été fichés, profilés via Facebook. « Il suffit ensuite d’envoyer sur le mur d’un homme identifié comme hétérosexuel républicain à tendance paranoïaque une information anxiogène sur l’immigration pour orienter son vote vers Trump. Et des articles, vrais ou non, sur la corruption des Clinton à un électeur de Bernie Sanders un peu déprimé pour le convaincre de s’abstenir », résume Fabrice Epelboin. L’outil de Cambridge Analytica permettait ainsi de sponsoriser des contenus précis sur les murs Facebook des électeurs pour leur adresser l’information voulue.

Ils ont pu mesurer individuellement le niveau d’engagement (si la personne a cliqué, aimé ou partagé l’information) de chaque contenu sponsorisé pour connaître l’efficacité de la propagande. Et la structure même des élections américaines – tous les États ne votent pas en même temps – leur a permis de créer des stratégies locales et d’affiner dans le temps leur campagne.

« Il y a une transformation du capitalisme, qui devient de surveillance, analyse Fabrice Epelboin. Et en changeant, le capitalisme modifie nos structures démocratiques, nos formes de gouvernance. Cette campagne en est une preuve, l’appareil de propagande politique a complètement été bouleversé », poursuit-il. Aux manettes de cette campagne, on trouvait Steve Bannon, suprémaciste blanc qui a amené le soutien du Ku Klux Klan à Donald Trump. Ce membre du conseil d’administration de Cambridge Analytica était également directeur de la campagne du candidat républicain. Mieux, il a aussi été le dirigeant du site Breitbart News, pourvoyeur à grande échelle (50 millions de visiteurs uniques par mois) de fake news très marquées à l’extrême droite.

En 2016, ce même Steve Bannon disait que « la France est l’endroit où il faut être, avec ses jeunes entrepreneurs, les femmes de la famille Le Pen… » et annonçait son intention d’ouvrir une antenne de Breitbart News pour la campagne présidentielle française. Un projet qui a pris du retard, mais il a commis un discours très remarqué lors du dernier congrès du parti il y a dix jours, aux côtés de Marine Le Pen…

 

11:33 Publié dans Eclairage, Manipulation, Réseaux sociaux | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : facebook, usa, manipulation | |  del.icio.us |  Imprimer | | Digg! Digg |  Facebook | |

25/11/2013

La NSA aurait infecté 50 000 réseaux informatiques avec un malware

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Sécurité : La NSA a placé un malware sur plus de 50 000 réseaux informatiques du monde entier, selon un document fuité par Edward Snowden.  

Un nouveau document fuité par Edward Snowden montre que la NSA aurait infecté 50 000 réseaux informatiques dans le monde avec un malware, a révélé le journal néerlandais NRC. Il s'agit, comme souvent, d'une diapositive de présentation. Elle date de 2012 et montre une carte du monde détaillant des points d'accès pour "l'exploitation des réseaux informatiques" (Computer Network Exploitation - CNE).

Plus de 50 000 endroits sont touchés dans le monde, selon la carte. Et d'après le journal néerlandais, aucun commentaire n'est parvenu du gouvernement américain. Le média lance des accusations graves sur la base de cette diapositive, qu'il dit avoir vu lui-même.

NRC ne fait pas dans l'ambiguïté : "Les services de renseignement américains (NSA) ont infecté plus de 50 000 réseaux informatiques dans le monde avec un malware conçu pour permettre le vol d'informations sensibles."

Une page de la NSA fait référence à la CNE comme un ensemble de techniques permettant "la collecte de renseignements et des actions via les réseaux informatiques qui exploitent les données récupérées depuis une cible ou des systèmes d'information ennemis".

Une révélation qui met sous une lumière différente l'article du Washington Post, en août dernier, qui relatait l'existence d'une équipe de hackers de haut vol au sein de la NSA. On y parlait de TAO, le nom de l'équipe (Tailored Access Operations), et d'un certain "GNE".

Les Five Eyes impliqués

L'équipe de TAO aurait ainsi perpétré "plus de 54 000 opérations d'exploitation des réseaux globaux [Global Network Exploitation - GNE] en soutien aux besoins des agences nationales de renseignement". Une lettre seulement change, mais le plus probable reste que CNE soit l'appellation correcte, puisqu'elle est présente sur le site de la NSA.

Si l'on connait les partenaires des Etats-Unis sur ce programme - il s'agit des "Five Eyes", soit Etats-Unis, Royaume-Uni, Canada, Australie et Nouvelle-Zélande - il est assez difficile d'avoir des indications sur les cibles. Mais des spécialistes de la sécurité semblent penser que les entreprises de télécoms sont les cibles les plus probables.

Ce qui est corroboré, d'ailleurs, par un exemple donné par NRC : la surveillance par le GHCQ, service de renseignement britannique, de l'opérateur belge Belgacom. L'agence britannique aurait utilisé de fausses pages LinkedIn pour piéger Belgacom et installer un malware sur son réseau informatique, découvert en septembre 2013. Le GHCQ aurait espionné les clients de Belgacom pendant des années à cause d'un simple phishing sur un employé.

Beaucoup d'opérations qui sont, en théorie, interdites par la loi américaine, juge notre confrère Violet Blue de ZDNet.com. L'article de NRC a également le mérite de recouper l'information d'une existence de la fameuse équipe de hackers au sein de la NSA. Pour l'heure, aucune réaction officielle n'est parvenue du gouvernement.

Publié par ZDN

10/10/2013

Seymour Hersh : les médias américains sont "lamentables"

Seymour Hersh en 2004, à Washington - Institute for Policy Studies/CC Le lauréat du prix Pulitzer explique comment sauver le journalisme. La presse devrait "virer 90 % des rédacteurs et promouvoir ceux qui sont incontrôlables".
Seymour Hersh en 2004, à Washington - Institute for Policy Studies/CC
Seymour Hersh a des idées radicales pour sauver le journalisme. Il faut fermer les rédactions de NBC et ABC, licencier 90 % des rédacteurs de la presse écrite et revenir à la mission fondamentale du journaliste qui doit, soutient-il, défendre un point de vue extérieur.

Il en faut peu pour qu'il s'enflamme. Hersh, le journaliste d'investigation qui hante les présidents américains depuis les années 1960, a même un temps été décrit par le Parti républicain comme "ce qui se rapproche le plus d'un terroriste dans le journalisme américain".

Le caractère timoré de ses collègues l'exaspère, de même que leur incapacité à remettre en question la Maison-Blanche et à se faire les messagers de la vérité, aussi impopulaire soit-elle.

Et ne lui parlez pas du New York Times qui, dit-il, passe "beaucoup plus de temps à apporter de l'eau au moulin d'Obama que je ne l'en aurais cru capable". Ni de la mort d'Oussama Ben Laden. "Rien n'a été fait sur cette affaire, c'est un énorme mensonge, il n'y a pas un seul mot de vrai", déclare-t-il à propos du raid épique des Navy SEALs en 2011.

"Le gouvernement Obama ment de façon systématique"

Hersh travaille sur un livre qui traite de la sécurité nationale, et il y consacre un chapitre à la mort de Ben Laden. Il affirme qu'un rapport remis il y a peu par une commission pakistanaise "indépendante" ne tient pas la route. "Les Pakistanais publient un rapport, ne me lancez pas là-dessus. Disons les choses comme ça, les Américains ont joué un rôle considérable dans sa rédaction. Ce rapport, c'est de la merde," lâche-t-il en laissant entendre que son prochain livre contiendra des révélations.

Le gouvernement Obama ment de façon systématique, soutient-il, et pourtant aucun des titans des médias américains, que ce soit les chaînes de télévision ou les grands journaux, n'ose le défier. "C'est lamentable, ils sont plus qu'obséquieux, ils ont peur de s'attaquer à ce type [Obama]", grince-t-il dans un entretien accordé à The Guardian.

"Il fut un temps où, quand on se trouvait dans une situation où il se passait quelque chose de grave, que le président et ses sbires avaient la haute main sur le récit des événements, on pouvait être à peu près sûr qu'ils [les médias] feraient tout leur possible pour raconter les faits. Plus maintenant. Maintenant, ils profitent de choses comme ça pour voir comment faire réélire le président."

Il n'est même pas sûr que les révélations récentes sur l'étendue et la sophistication du système de surveillance de la National Security Agency (NSA) auront un impact durable. Il reconnaît qu'Edward Snowden, le lanceur d'alerte de la NSA, a "bouleversé la nature même du débat" sur la surveillance. Il ajoute que d'autres journalistes et lui avaient écrit sur cette question, mais Snowden a joué un rôle essentiel en fournissant des preuves circonstanciées. Malgré tout, il doute que ces révélations entraînent un changement de politique de la part des autorités américaines.

>>> Lire aussi notre dossier : Etats-Unis - L'espionnage à échelle industrielle

>>> Lire aussi notre dossier : Snowden, un homme très recherché

"Duncan Campbell [journaliste d'investigation britannique qui a dévoilé l'"affaire du zircon" dans les années 1980], James Bamford [journaliste américain], Julian Assange, The New Yorker, moi, nous avons tous écrit sur l'idée qu'il y a une surveillance constante, mais lui [Snowden], il a fourni des documents et ça a bouleversé la nature même du débat ; maintenant, c'est une réalité", poursuit Hersh.

"Le monde est plus que jamais dirigé par des abrutis finis"

"Mais je ne sais pas si ça changera quoi que ce soit à long terme, le président répétera toujours 'Al-Qaida ! Al-Qaida !' devant les électeurs et les deux tiers d'entre eux continueront à être favorables à ce genre de surveillance complètement stupide", poursuit-il.

Publié dans le Courrier International

14/08/2013

AUX COTES DES LANCEURS D'INFORMATIONS !

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Pour avoir permis la fuite de près de 700 000 documents militaires et câbles diplomatiques vers l’organisation Wikileaks, un jeune soldat américain, Bradley Manning, risque cent trente six années de prison. 136, c’est-à-dire au delà de la perpétuité ! Présenté devant le tribunal la semaine dernière, après avoir été arrêté en 2010 en Irak où il était en poste, B. Manning était enfermé à la prison militaire de Quantico dans l’état de Virginie.

Tous les experts et associations des droits humains, jusqu’au rapporteur de l’ONU sur la torture, ont dénoncé des conditions de détention insupportables. Le chef d’accusation de « collusion avec l’ennemi » n’a finalement pas été retenu par le tribunal. Mais, il reste accusé de vingt et un autres délits, dont le viol de la loi sur l’espionnage, le vol ou la fraude informatiques. Qu’est ce qui gène le plus une partie de l’administration de l’armée et de la justice nord-américaine ?

Ce sont les révélations sur la manière dont sont menées les guerres en Afghanistan et en Irak. B. Manning a révélé les graves abus commis par l’armée des États-Unis dont un acte de guerre atroce où on voit un hélicoptère US cibler et tirer sur une douzaine de personnes, dont deux photographes de l’agence Reuter.

Certes, les secrets d’état peuvent exister. Mais ici, il s’agit d’autre chose. Il s’agit, à partir d’informations toujours cachées au grand public, de dénoncer des faits et des risques de dérives graves, préjudiciables même à l’image des États-Unis d’Amérique. Ainsi, que les citoyens américains et les autres aient accès à de telles informations, ne peut donc que susciter un débat salutaire sur les méthodes de l’armée américaine, voir au-delà, sur la pertinence de ces guerres.

Des secteurs de la justice et de l’armée ont reproché à B. Manning d’avoir servi Al Qaïda ou Ben Laden dévoilant ces informations. C’est renverser les choses ! En effet, n’est-ce pas l’armée nord-américaine et les services secrets qui ont formé les leaders terroristes pour empêcher toute forme de contestation progressiste et tout mouvement d’émancipation humaine? Alors que le régime nord-américain déstabilisait et fomentait des coups d’état en Amérique Latine, développait la guerre froide et s’attaquait aux forces progressistes et aux partis communistes, il créait ces montres dont il ne sait que faire aujourd’hui tant ils lui échappent.

De même, vient encore d’être révélé, il y a quelques semaines, grâce à Edward Snowden, un ancien employé des services NSA, que les Etats-Unis écoutent le monde entier, jusqu’aux gouvernements européens, qui se comportent en petits vassaux, comme vient de le prouver l’ouverture de négociations sur un projet de marché transatlantique comme si la révélation de ce vaste système d’écoutes ne leur faisait ni chaud ni froid!

Mais quel est la question de fond? La même que depuis la fin de la seconde guerre mondiale mais dans un contexte totalement bouleversé par la crise et par l’émergence de nouveaux pays qui comptent sur la scène internationale, tandis que  l’expérience des peuples qui, plus ou moins confusément, au prix d’une multitude de tâtonnements, cherchent de nouveaux chemins pour l’émancipation humaine.

 C’est dans ce contexte nouveau que les dirigeants et l’administration nord-américaine cherchent à conserver, affermir et renforcer leur domination mondiale qui leur est contestée. C’est ce qui transparaît tout au long d’un rapport récent de la CIA sur la perspective d’ici 2030.  Ce dernier évoque plusieurs scénarios d’avenir dont celui de la poursuite du relatif déclin nord-américain en le présentant comme une catastrophe mondiale, en ces termes : « L’effondrement ou le retrait soudain de la puissance américaine engendrerait très certainement une longue période d’anarchie mondiale* ».

Permettre aux États-Unis de garder cette suprématie impliquerait donc de les laisser faire. Dans ce cadre, ils devraient bénéficier d’une totale impunité et les autres pays devraient leur livrer tous les lanceurs d’alerte, comme ils ne cessent de le réclamer. Le monde de la liberté n’a décidément pas le visage qu’on lui prête. Et pourtant, aucun grand débat, aucune sorte de mouvement de protestation n’est développé parmi celles et ceux qui se présentent comme les défenseurs des droits de l’homme.

Pourtant, aux Etats-Unis mêmes, les révélations de B.Manning ont déclenché dans l’opinion des questionnements sur la guerre et aussi sur la transparence et le secret d’état. Sur d’autres sujets, comme les paradis fiscaux, la fraude fiscale, ceux que l’on appelle « les lanceurs d’alerte » sont très utiles à l’information et au débat public. Ce procès aux Etats-Unis et la lourde condamnation de B. Manning créent un climat de peur, menaçant le journalisme d’investigation et le droit d’être informé.

Raison de plus pour se mobiliser afin de défendre les libertés partout. Mais peut être que cette chasse aux lanceurs d’informations est elle le révélateur d’enjeux plus profonds qui ont a voir avec la multitude de crises qui touchent en profondeur les Etats –Unis et tout le monde occidental : Les lourds échec en Afghanistan, l’Irak ,la crise économique et financière sans fin. C’est la crise de l’hégémonie nord-américaine sur un monde en pleine recomposition qui est amorcée. Ce n’est pas une mauvaise nouvelle pour les peuples. Cela peut expliquer leur agressivité. Raison de plus pour ne pas laisser, B Manning, Assange ou Swoden seul !

bradely manning,usa,le hyaric,l'humanité* Le monde en 2030 vu par la CIA (rapport CIA)

Patrick Le Hyaric, directeur de l'Humanité, député au parlement européen