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17/12/2017

Le podcast, une nouvelle façon d'écouter la radio

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Jessica Berthereau / Les Echos
 
Fini, la radio de papa écoutée en direct. De plus en plus d'auditeurs privilégient ces programmes audios téléchargés pour être écoutés à sa guise. Une nouvelle manière, plus intime et plus originale, de consommer de l'audio. Au-delà des rediffusions, la création « native » explose.

« Une fois que vous avez commencé, vous ne pouvez plus vous en passer ! » prévient Gus Brandys. De quoi s'agit-il ? D'une drogue ? Non, mais c'est tout comme pour ce professeur d'histoire-géographie à Genève. Il pousse un soupir. « Je n'aurais jamais dû mettre le pied dans l'engrenage. » Comprendre : les oreilles dans le casque. Car Gus Brandy parle ici des podcasts, ou balados, comme le disent plus poétiquement les Québécois ; ces programmes audio, issus de la radio ou non, que l'on peut télécharger puis écouter à tout moment depuis son smartphone. Gus fait défiler ceux auxquels il est abonné. Rapide calcul : « Je dois dépasser les 50. Je suis vraiment un très gros consommateur... »

Le podcast, c'est addictif, tous les fans de ce format audio vous le diront. Il est vrai qu'il s'adapte à merveille à nos modes de vie. Un trajet en métro ou en voiture, une séance à la salle de sport, un peu de ménage à la maison ? Hop, on visse le casque sur ses oreilles, on effleure le petit triangle Play et nous voici transportés dans un autre monde. « C'est devenu mon premier réflexe. Dès que je pars de la maison, je regarde si j'ai de nouveaux épisodes », confie Mathilde Lacombe, cofondatrice de Joliebox (aujourd'hui Birchbox). Ecouter des podcasts a révolutionné ses longs trajets quotidiens entre Reims, où elle vit, et Paris, où elle travaille. « J'ai découvert les podcasts il y a deux ans avec le phénomène Serial aux Etats-Unis [enquête sur un meurtre, NDLR], se souvient-elle. Ce que j'adore, c'est Le côté à la demande, je choisis ce que j'écoute. »

Son cocktail radiophonique ? Affaires sensibles et Le Billet de Nicole Ferroni, sur France Inter, Transfert, sur Slate, How I Built This et Génération XX, à propos de l'entrepreneuriat. Soit un mélange d'émissions de radio podcastées et de podcasts dits natifs, créés par des médias non radiophoniques, des réseaux de podcasts sur Internet ou encore des indépendants. Il y en a pour tous les goûts. Les barrières à l'entrée étant minimes - un simple micro de téléphone peut suffire à enregistrer du contenu sonore - des centaines de podcasts ont été lancées sur tous les sujets possibles et imaginables.

Combler un vide médiatique

C'est pour trouver des « contenus sur des thèmes qui ne sont pas traités ailleurs, comme la pop culture ou les jeux vidéo » qu'Arnaud Delevacque, ingénieur en informatique et « podcastovore assumé », s'est tourné vers les podcasts indépendants. Parmi ses préférés, l'inclassable Riviera Détente d'Henry Michel, Les Démons du MIDI sur la musique des jeux vidéo ou encore Pardon Maman, balado de vulgarisation vulgaire. Difficile d'imaginer de telles émissions à la radio, média de masse aux contenus fédérateurs.

« Il y a une forte demande pour des formats originaux, à la fois plus informels et plus anglés, des contenus personnalisés, avec un parti pris et un ton qui sort de l'ordinaire », observe Joël Ronez, cofondateur du réseau de podcasts Binge Audio, lancé fin 2016. Pour Lauren Bastide, créatrice du balado féministe La Poudre, « le podcast vient combler les vides médiatiques ». Elle cite en exemple les nombreux podcasts lancés à destination des Afro-descendants, comme Le Tchip diffusé sur Arte Radio, le pionnier du podcast qui a fêté ses quinze ans début novembre.

Ce format audio répond aussi à un autre besoin : celui de ralentir, de s'extraire de la frénésie de l'info en continu et de l'instantanéité des réseaux sociaux, en se glissant dans une bulle le temps d'un épisode. « Les podcasts sont une vraie bouffée d'air frais, une pause dans ma consommation quotidienne de réseaux sociaux, témoigne Ingrid. Avec les podcasts, je prends enfin le temps, je choisis ce que je veux écouter et je prends même parfois la liberté de revenir sur un passage bien précis pour en prendre note. » Cette trentenaire, consultante en relations publiques à Paris, affectionne tout particulièrement les balados de conversation. « Ecouter les parcours inspirants de femmes ou d'hommes, connus ou inconnus, entrepreneurs ou non, mais qui ont des projets et de vraies convictions, me booste. J'aime le fait qu'ils se confient en toute intimité sur leurs doutes, leurs réussites et leur équilibre. »

Intimité... Voilà bien un mot-clé du succès du podcast : l'intimité d'une conversation entre l'hôte et son invité autour d'un micro qui se fait rapidement oublier ; l'intimité qui se développe entre le podcasteur et son audience au fil des épisodes ; l'intimité d'un son reçu au creux de l'oreille. Pour Constanze Stypula, directrice d'Audible France, « c'est une intimité qui renvoie les auditeurs à leur enfance, à ce temps où on leur lisait une histoire ». Sans surprise, les podcasts qui racontent des histoires, vraies ou fictionnelles, d'anonymes ou de personnalités, sous forme d'interview-fleuve ou de mises en récit façon storytelling américain, sont justement ceux qui ont le plus de succès. « L'audio parlé est une catégorie distincte, qui n'est comparable ni à la lecture, ni à la vidéo, poursuit Constanze. Je pense que la vue nous empêche parfois de vraiment écouter une personne. » L'audio demande moins de concentration que la lecture mais ne nous hypnotise pas autant que peuvent le faire les écrans. Sans image à regarder, notre cerveau est plus attentif à tout ce qu'une voix peut véhiculer d'émotions, de nuances, de sentiments... Une étude publiée récemment dans la revue scientifique American Psychologist (1) suggère que la voix seule est le meilleur vecteur pour détecter les émotions de quelqu'un.

Cette sensation d'intimité est renforcée par la forte subjectivité qui caractérise le podcast. Les hôtes y mettent beaucoup d'eux-mêmes. « Quand je parle, je n'ai pas du tout le ton du journaliste, je suis dans la vie comme dans mes émissions », assure Patrick Beja, qui se définit comme un « artisan du podcast », créateur notamment du balado Le RV Tech sur l'actualité de la technologie et d'Internet. C'est pour ça qu'une relation très forte se noue entre le podcasteur et ses auditeurs. Ils ont l'impression d'être invités à la table des animateurs et de rigoler avec eux. C'est exactement ce que ressent Arnaud Delevacque. « On a le sentiment d'être assez proche des personnes qui animent les podcasts, on finit par avoir l'impression de les connaître et c'est un plaisir de les retrouver à chaque épisode, comme si on rejoignait des amis. » Au fil du temps, des contacts se nouent avec le podcasteur mais aussi entre auditeurs, tout d'abord virtuels sur les réseaux sociaux et des forums dédiés puis de visu lors d'enregistrement en public et de rencontres. La bulle s'agrandit. Le podcast se matérialise en une communauté.

L'ADN communautaire des balados

Chez Qualiter, qui produit notamment l'émission de société numérique Studio 404, il est « aussi important de faire des podcasts que de faire des choses pour notre communauté », explique FibreTigre, l'un des cofondateurs de cette petite maison de production de balados. Début novembre, ils se sont retrouvés avec une cinquantaine de leurs auditeurs dans les Pyrénées pour leur deuxième Post-Qamp déconnecté.

Au programme : « Pas d'heure ni de data, de smartphones, de casques audio ou appareils photos, mais plein d'activités et de gens joyeusement déboussolés. » Vous n'en saurez pas plus, il était interdit de communiquer. Cet esprit communautaire est dans l'ADN des podcasts francophones les plus anciens, comme ceux de RadioKawa, mais les plus récents ne sont pas en reste. Lauren Bastide n'en revient toujours pas du nombre d'auditrices avec lesquelles elle échange : « C'est dingue, je reçois des dizaines de messages tous les jours, des témoignages où elles se confient sur leur vie, leurs études, leur couple, leur sexualité... C'est quelque chose que je n'ai jamais connu en écrivant pendant dix ans dans le magazine 'Elle'. »

Pour Julien Cernobori, longtemps journaliste à Radio France et maintenant auteur de Super Héros, un podcast de récits de vie, « on est placé sur un piédestal à la radio alors que le podcast crée beaucoup de proximité ».

Julien Cernobori chérit la liberté avec laquelle il peut façonner son balado. « Faire parler une personne anonyme pendant une heure et demie, voire deux heures, n'aurait jamais été possible à la radio. » En s'affranchissant de la nécessité de plaire au plus grand nombre et des contraintes d'une grille des programmes, le podcast offre un espace de liberté et de créativité quasiment sans limite, sur la forme comme sur le fond, qui rappelle à certains l'ère des radios libres.

Ceux créés par des amateurs présentent souvent un côté artisanal qui fait leur charme, même si une qualité sonore trop médiocre peut finir par décourager certains auditeurs. Car plus on écoute de podcasts, plus on devient exigeant. Ne serait-ce que pour des questions de temps. « Il y en a tellement que je suis obligé d'être très sélectif. Je préfère toujours écouter un programme qui va vraiment m'apprendre quelque chose », souligne Gus Brandys, pour qui les balados représentent « une manière incroyable de se cultiver. J'ai appris énormément de choses très utiles pour ma profession et ma vie en général ». Il divise ses écoutes en deux catégories : celles qui nourrissent son métier, comme Les Enjeux internationaux ou Rue des écoles sur France Culture, et celles qui abreuvent ses passions, comme NoCiné, Un Episode et J'arrête, ou encore des fictions terrifiantes telles que Archives 81.

Pour beaucoup, le podcast vient étancher une soif d'apprendre. « Dans cette époque où l'on éprouve le besoin de se nourrir intellectuellement en permanence, le podcast permet de ne plus laisser de plage de vide », relevait à ce sujet Charlotte Pudlowski, la créatrice de Transfert, lors d'une récente conférence sur les balados organisée par le studio Nouvelles Ecoutes. « Nous avons un besoin de productivité permanente, ce qui n'est d'ailleurs pas toujours très sain. » Drôle de paradoxe.

Le podcast offre une respiration loin de la frénésie médiatique mais on l'utilise aussi pour se remplir la tête à chaque moment qui serait autrement jugé perdu ou sous-exploité. Ce ne sont pas les enceintes connectées intelligentes, c'est-à-dire dotées d'un assistant personnel, qui vont changer cette tendance, bien au contraire. Leur arrivée dans nos foyers pourrait conduire à une explosion des usages. « C'est le dernier maillon de la chaîne. Les enceintes connectées vont complètement ubériser le marché de l'audio », prédit Joël Ronez de Binge Audio. Une simple commande vocale et le dernier épisode de votre podcast préféré se met à résonner dans votre salon pendant que vous faites le ménage.

Né avec la numérisation de l'audio, le balado n'a pas fini de bénéficier des évolutions technologiques. Pour Jeanne Robet, réalisatrice sonore, auteure notamment de Crackopolis, la série documentaire audio sur le Paris du crack, « une des branches d'avenir du podcast est l'écoute géolocalisée ». C'est-à-dire des contenus sonores qui se déclenchent au fil d'un parcours en fonction de la position GPS de l'auditeur pour faire revivre une ambiance, raconter l'histoire d'un lieu, relater une fiction dans un décor plus que réel... Jeanne rêve ainsi de créer une course-poursuite à écouter en faisant son jogging. Imaginez-vous chaussant vos baskets, logeant vos écouteurs dans vos oreilles et partant à toute allure aux trousses du héros.

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30/08/2017

La radio Pirate, Radio Veronica

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Radio Veronica était une radio pirate offshore indépendante qui a émis depuis un bateau-phare à destination des Pays-Bas et d'Europe du Nord à partir de 1960 et pendant 14 ans sans interruption, une durée inégalée par aucune autre radio pirate.

Radio Veronica a commencé à émettre en 1960 depuis le Borkum Riff ancré au large des eaux territoriales néerlandaises en mer du nord, un ancien navire allemand construit en 1911. Un bateau de pêche lui livrait les cassettes de musiques. Le 6 mai 1960, les émissions régulières débutèrent.

radio veronica2.jpgEn 1964, un nouveau navire a été acheté, le Norderney. Cet ancien chalutier pris le relais du Borkum Riff. Au cours de son histoire, Radio Veronica parvint à devenir la plus populaire du pays pourtant en concurrence avec Radio North Sea International.

Le 28 juin 1974, la Chambre des députés néerlandaise vota par quatre-vingt-quinze voix contre trente-sept pour l'interdiction des stations pirates installés en mer, ce qui provoqua l'arrêt de la diffusion de Radio Veronica.

La Norderney arrêta ses émissions le 31 août à 18h, mais le navire resta en mer jusqu'au 11 août 1975 où elle fit une rentrée triomphale en Hollande accueilli par des milliers de personnes qui vinrent saluer son arrivée.

Le bateau fut alors transformé en discothèque et restaurant.Après la fermeture de la radio, certains membres de l'équipe d'origine se constituèrent en une société légale qui détient aujourd'hui encore une chaîne télévisée néerlandaise.Une association de soutien se créa et atteint jusqu'à 1,25 millions de sociétaires et en 1995, dès que la loi l'y autorisa, la radio elle devint commerciale.

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20/07/2017

Nikos Smyrnaios : « Facebook façonne l’idée que l’on se fait du monde »

facebook,goggle

Entretien réalisé par Pierric Marissal, L'Humanité

Facebook et Google sont devenus les principaux intermédiaires entre le public et l’information. Un pouvoir politique énorme, soumis à leur quête du profit. Le chercheur Nikos Smyrnaios analyse comment ils ont bâti un tel oligopole.

Nikos Smyrnaios est enseignant-chercheur au laboratoire d’études et de recherches ­appliquées en sciences sociales de l’université Toulouse-III. Spécialiste de la presse en ligne et de l’utilisation politique des réseaux socionumériques, il vient de publier les Gafam contre l’Internet, une économie politique du numérique (1).

Quel est le pouvoir de Facebook ou Google sur la transmission de l’information aujourd’hui ?

NIKOS SMYRNAIOS Une récente enquête déclarative réalisée sur plusieurs pays montre que 51 % des internautes s’informent en premier lieu via les réseaux sociaux. Mais la mesure du trafic des sites des médias reste la plus précis. On peut y consulter la liste des sources qui ont mené à l’article. Et entre les deux tiers et les trois quarts des visiteurs des sites d’informations arrivent depuis Google et Facebook. Jusqu’en 2012, Google était prédominant, que ce soit le moteur de recherche ou Google Actualités. Des recherches qu’on avait menées à l’époque sur des quotidiens régionaux français montraient que 70 % des visiteurs en venaient. Depuis, Facebook ­représente la première des sources. Les plus jeunes et les femmes ont tendance à passer davantage par les réseaux sociaux, les hommes et les seniors privilégient l’accès direct ou Google. Plus la thématique de l’information recherchée est professionnelle, importante stratégiquement parlant, plus les visiteurs ont tendance à privilégier l’accès direct, à faire confiance à des sources identifiées. Dès que cela touche des informations plus divertissantes, la domination des réseaux sociaux devient écrasante.

Comment ont-ils conquis ce pouvoir ?

NIKOS SMYRNAIOS Avant le développement d’Internet au début des années 2000, l’économie de l’information comme de l’industrie culturelle était basée sur la rareté du contenu. Aujourd’hui elle est surabondante, et le rapport de forces économique s’est inversé. La rareté, donc la valeur, est désormais du côté du public, qui a besoin d’être guidé. Ce filtrage, cette hiérarchisation, je l’appelle, avec d’autres chercheurs, l’infomédiation. Le producteur du contenu et l’éditeur de presse sont relégués au second plan derrière l’infomédiaire. Cette fonction est devenue centrale sur Internet. Et la plus rentable, car il n’y a pas à supporter les coûts de production de l’information… Des algorithmes de mise en contact suffisent. Puis les infomédiaires ­collectent les informations du public et la vendent aux annonceurs, selon le modèle publicitaire de Google ou Facebook, ou alors prennent des commissions sur chaque transaction comme Amazon. J’insiste sur le fait que cette info- médiation est large et profonde. Les Gafam (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft) vont constituer une offre très large avec des services substituables : Facebook va racheter Instagram et WhatsApp, qui ont des offres ­similaires à son service. La concentration est aussi verticale puisque ces acteurs possèdent des segments d’activités indispensables en amont de l’infomédiation. Les data center par exemple sont nécessaires à la diffusion des services, et Amazon est le plus gros acteur mondial. On peut également donner l’exemple des smartphones et des ordinateurs (Apple et Microsoft) et des systèmes d’exploitation (Google, Microsoft, Apple). On le sait moins, mais Facebook, dans les pays du Sud, et Google, aux États-Unis, sont également des fournisseurs d’accès à Internet et obligent pour accéder au Web à passer par leur plateforme ou système d’exploitation. On capte le client et on l’enferme.

Comment expliquer leur rentabilité extrême ?

NIKOS SMYRNAIOS Ce sont des oligopoles mondiaux, dominant et globalisant, même si en Chine et en Russie d’autres acteurs existent. Tous les services sont conçus dans la Silicon Valley et vendus dans le monde, sans adaptation aux marchés locaux. C’est l’un des facteurs de bénéfices sans précédent. Le taux de rentabilité de Google ou Facebook varie entre 20 et 40 %. La moyenne de Wall Street est à peine à 10 %. Ainsi, en avril 2017, parmi les six plus grosses capitalisations mondiales, on retrouvait les cinq Gafam. Leur rentabilité s’explique aussi par les nouvelles modalités de travail qu’ils ont réussi à mettre en place. Ils vont dégager des sommes colossales avec très peu d’employés en interne. Les cinq Gafam réunies ont moins d’employés que Volkswagen, et juste un peu plus que Carrefour. Apple arrive à tirer plus de 2 millions d’euros de chiffre d’affaires par salarié et par an. Le travail est externalisé chez des sous-traitants de sous-traitants, précarisé, pressurisé, sous-payé à la tâche, au clic. Ils réduisent le travail à des miettes numériques, l’exploitation de l’activité humaine n’a jamais été aussi sophistiquée. D’autant plus que toute une partie de la valeur de Google et de Facebook vient du travail gratuit effectué par leurs utilisateurs. Facebook est vide au départ. Les utilisateurs et éditeurs génèrent de la valeur pour la plateforme sans travailler directement pour elle. Sans coût pour l’entreprise donc. Et en plus tous ces acteurs pratiquent aussi une optimisation fiscale particulièrement agressive.

Comment Facebook choisit les informations que nous lisons ?

NIKOS SMYRNAIOS Lorsque Facebook a lancé les Fan Page, les éditeurs avaient la garantie que quiconque avait « liké » leur page allait voir leur publication s’afficher sur leur mur. Pour les médias, ce vecteur est devenu une source d’audience majeure, à tel point qu’ils en sont devenus dépendants. Et puis, en 2012, Facebook a unilatéralement changé le fonctionnement et les publications sont apparues de moins en moins. Aujourd’hui seuls 10 % des abonnés en moyenne voient chaque publication. Selon Facebook, il s’agit d’améliorer l’expérience utilisateur. En réalité le réseau social pousse les éditeurs, une fois que l’outil est devenu indispensable, à payer pour promouvoir leur contenu.

Facebook est allé plus loin en créant Instant Articles. En promettant une meilleure visibilité et un partage des ressources publicitaires, l’éditeur publie tout son contenu sur le réseau social, mais plus sur son propre site. Les médias se voient privés des analyses statistiques et de la maîtrise de leur diffusion et de leurs revenus publicitaires. Même chose lorsque Facebook Live fut lancé, le service de vidéos diffusées directement sur la plateforme. Au départ, le réseau social augmente la visibilité de ces contenus par rapport aux autres, donc les rédactions s’organisent pour en produire, puis, lorsqu’elles deviennent dépendantes, Facebook supprime les bonus de visibilité. C’est la loi de Facebook.

Les médias changent donc leurs moyens de produire de l’information ?

NIKOS SMYRNAIOS Dès le début des années 2000 on a constaté les premiers changements, lorsque les rédactions se sont mises au service de Google. Un gros patron de presse me disait que sa rédaction était devenue un esclave du moteur de recherche et obéissait aux ordres. On sait par exemple que plus un site produit de contenu, plus le moteur va le mettre en valeur. Une rédaction qui produit peu sera d’autant moins visible. C’est une incitation à produire toujours plus, à abandonner l’analyse et le reportage et à privilégier le batonnage, c’est-à-dire la reprise, légèrement réécrite, de dépêches ou de communiqués de presse. Cela crée une énorme profusion d’informations, mais pas de pluralisme, puisqu’il s’agit des mêmes contenus retraités à l’infini. Un collègue chercheur, Guillaume Sire, a, lui, montré le rôle central que prennent les spécialistes du référencement dans certaines rédactions. Ce sont eux qui imposent aux journalistes les sujets à traiter, selon ce qui « buzze » sur Internet. Pour Facebook, la valeur n’est pas tant le contenu lui-même que « l’engagement » qu’il génère, à savoir les « like », partages ou commentaires. Les articles ou vidéos les plus rentables pour Facebook font appel à l’affect. Cela va des faits divers les plus dramatiques aux vidéos de chats, mais rarement une analyse sur la financiarisation de l’économie, qui, si elle peut susciter de l’intérêt, ne va pas générer des « like ». La production de contenu à destination de Facebook doit donc s’adapter pour parler à l’affect des gens. Certaines rédactions résistent, d’autres y vont à fond car leur modèle économique en dépend. Tout le monde n’est pas logé à la même enseigne, l’Humanité n’est pas Konbini, et heureusement.

Et cette course à l’engagement profite aux théories ­complotistes et aux « fake news »…

NIKOS SMYRNAIOS Exactement. Le phénomène des fake news, qui a explosé pendant l’élection présidentielle américaine, proposait à la frange la plus réactionnaire des électeurs des contenus qui confirmaient leurs opinions et généraient de l’affect. Comme cette histoire invraisemblable du « Pizzagate ». Les Clinton étaient accusés d’être à la tête d’un réseau pédophile qui se retrouvait dans une pizzeria de Washington. Des centaines de milliers de personnes ont « liké » ou commenté cette histoire, devenue très rémunératrice pour Facebook, qui l’a automatiquement favorisée. La plateforme n’est pas spécialement complotiste ou pro-Trump, mais elle cherche à maximiser ses profits. Cela conduit à ces dérapages. On retrouve ce mécanisme sur YouTube de manière flagrante, il n’y a qu’à voir comment les vidéos de Soral et de Dieudonné étaient mises en avant dans les vidéos suggérées.

Et le lecteur se retrouve dans une situation passive de récepteur de l’information qu’il ne choisit pas…

NIKOS SMYRNAIOS Il n’est pas passif, mais il ne peut que réagir en fonction de ce qui lui est proposé. Le lecteur se retrouve pris dans des mécanismes d’infomédiation qu’il ne maîtrise pas et qu’il ne comprend pas forcément. Ces multinationales filtrent l’information et décident de ce qui est visible ou non dans l’espace public numérique. Ils façonnent l’idée que l’on se fait du monde. Facebook contrôle ainsi ce que voient plus de 1,8 milliard de personnes, dont 30 millions en France. Un pouvoir politique exorbitant qui échappe à tout contrôle démocratique puisque l’on n’a aucun regard sur comment se décide la mise en avant d’une information ou sa suppression. Tout se fait en interne.

Comment voyez-vous le fait qu’aujourd’hui des fournisseurs d’accès à Internet comme Patrick Drahi ou Xavier Niels deviennent de grands patrons de presse ?

NIKOS SMYRNAIOS Ces acteurs sont aussi des infomédiaires à mon sens. Le « triple play » permet par exemple de contrôler l’information audiovisuelle puisque l’audience d’une chaîne de télévision reste proportionnelle au numéro qui lui est alloué. Autre exemple, des fournisseurs d’accès à Internet ont décidé de ralentir l’accès de leurs abonnés à des services. Free avait bridé l’accès à YouTube et Orange avait essayé de ralentir le partage de pair à pair (P2P). Il est effrayant de se rappeler qu’en 2000 Time Warner absorbait le fournisseur d’accès américain AOL et pesait 10 fois plus que lui. Quinze ans après, le rapport de forces s’est complètement inversé et les contenus n’ont quasi plus de valeur financière.

Votre vision n’apparaît pas très optimiste…

NIKOS SMYRNAIOS Je ne suis pas technophobe, ni ne suis convaincu que, dans les années 1990, lorsqu’on n’avait qu’une poignée de médias, l’information était meilleure. Mais il faut garder un regard critique. D’autant que l’état d’Internet aujourd’hui n’est pas immuable et reflète un contexte ; à savoir un capitalisme néolibéral hégémonique. Cela peut changer, mais pas sans rapport de forces. Certains signes sont plutôt positifs, le public prend conscience de l’exploitation de ses données personnelles et bloque de plus en plus les publicités. Le monde de la recherche s’y penche aussi davantage. Il serait naïf de croire en revanche en l’émergence d’un nouvel acteur, comme lorsqu’Alta Vista a été remplacé par Google dans les années 1990. On n’en est plus là. Le pouvoir des Gafam aujourd’hui est comparable à celui de l’industrie automobile au XXe siècle. Ils ne vont pas disparaître demain. L’ambiguïté de ce capitalisme numérique est qu’à la fois il va utiliser tout ce qu’il peut pour maximiser ses profits, est extrêmement prédateur et accroît les inégalités, mais en même temps il peut se révéler émancipateur. Le mouvement contre la loi travail et même les printemps arabes n’auraient peut-être pas eu la même ampleur sans les réseaux sociaux. Facebook est avant tout un outil d’exploitation, mais peut aussi servir l’émancipation. Ce pourquoi il faut insister sur le pouvoir politique des Gafam.

Les Gafam contre l’Internet, une économie politique du numérique, de Nikos Smynaios, INA, 160 pages, 10 euros.
Journaliste, spécialiste des nouvelles technologies

17:20 Publié dans Actualités, Dossier, Eclairage, Internet, Réseaux sociaux | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : facebook, goggle | |  del.icio.us |  Imprimer | | Digg! Digg |  Facebook | |

12/06/2016

Les télécoms avalent la presse. Qui les arrêtera ?

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Depuis un mois, l’opérateur SFR accélère un rapprochement avec les médias qu’il détient. Une stratégie qui pose la question de l’avenir de l’information en France, sans que grand monde s’en préoccupe.

France, 2020. Les abonnés SFR peuvent consulter Libération, L’Express ou BFM quand ils le souhaitent. Tous les articles sont à portée de clics. Ceux du Monde, de L’Obs et de Télérama sont compris dans les forfaits de Free, sous l’impulsion de Xavier Niel (copropriétaire de L’Obs, dont fait partie Rue89). Quant aux abonnés Orange, ils ont le droit de consulter en illimité le dernier média en vogue, dont vous et moi ignorons encore le nom.

Voilà à quoi pourrait bientôt ressembler le paysage médiatique français. C’est en tout cas ce que croit Patrick Drahi, ancien Numericable nouvellement SFR, dixième fortune du pays, qui lançait ce 8 juin devant des sénateurs :

« J’ai trouvé un modèle économique pour l’ensemble de la presse et je pense que je serai suivi par beaucoup de gens. »

Sa stratégie ? Offrir les titres qu’il possède à ses abonnés. Avec son offre SFR Presse, Patrick Drahi relance un modèle que l’on pensait enterré avec les années 2000 et les échecs de Vivendi et AOL : la convergence entre les activités de télécommunications et des médias. Ce qui pose pas mal de questions :

  • Les médias vont-ils se retrouver de plus en plus dépendants de vendeurs de tuyaux Internet ?
  • La diffusion de l’information va-t-elle être déterminée par la seule nature des forfaits Internet ?
  • Et les nouveaux médias, condamnés à quémander une place dans l’offre d’un opérateur pour continuer à exister ?

« Aucune raison d’aller voir ailleurs ! »

Il y a tout juste un mois, SFR, le deuxième opérateur français, a donc offert à ses quelques 18 millions d’abonnés un accès gratuit à 17 journaux et magazines. Libération et les titres du groupe L’Express (dont L’Expansion, l’Etudiant ou 01.net), acquis en 2015 par la maison-mère de l’opérateur, Altice – avant d’être gobé directement par SFR.

Malgré l’arrêt de la gratuité il y a quelques jours, SFR Presse sera de toute façon compris dans la majorité des forfaits.

Facturé certes, mais sans que l’abonné ne sente passer la douloureuse, grâce à une remise et un habile montage fiscal susceptible de rapporter 350 millions d’euros à l’opérateur, estimait il y a quelques jours Europe 1.

Les militants d’un Internet libre et ouvert considèrent que SFR porte ainsi atteinte au choix des internautes. Et qu’il faudrait freiner les ambitions de l’opérateur.

Mais ils sont les premiers à reconnaître qu’ils sont bien seuls à prêcher dans le désert. Agnès de Cornulier, du collectif français La Quadrature du Net, se désole :

« Le consommateur voit, et c’est normal, son intérêt immédiat. Il ne voit pas l’enfermement de fait, commercial et technique. Ce que propose SFR, c’est un enfermement terrible : tu n’as aucune raison d’aller voir ailleurs ! »

« On est vraiment démunis »

Patrick Abate approuve. Le sénateur communiste de la Moselle est le seul, avec son collègue Jean-Pierre Bosino, à s’être inquiété du problème au Parlement. Pour lui, pas de doute, la stratégie de SFR est une « atteinte extraordinaire à la neutralité d’Internet ».

Avec son groupe, il a tenté d’ouvrir le débat au Sénat, en profitant d’une proposition de loi socialiste visant à « renforcer la liberté, l’indépendance et le pluralisme des médias ». Mais ça n’a rien donné :

« Il n’y a rien de plus pour la presse dans ce texte. »

« Je ne dis pas qu’il y a le feu », nous précise-t-il, prudent, dans l’un des salons du Palais du Luxembourg, « mais on risque de laisser s’installer des choses qui ne sont pas bonnes. Il faut tirer la sonnette d’alarme. »

En séance le 26 dernier, Patrick Abate tentait une comparaison :

« C’est un peu comme si les fameux relais H [rebaptisés Relay en 2001, ndlr] ne mettaient à disposition du public que les magazines ou les livres édités par le groupe Hachette, comme si l’on ne trouvait dans les kiosques tenus par Jean-Claude Decaux que des journaux liés, d’une manière ou d’une autre, à ce dernier. Pour le coup, c’est absolument inadmissible ! »

Pour lui, l’une des solutions passe par le dépoussiérage des règles de concentration dans la presse. Un système qui dépend de textes de 1986. Une éternité à l’échelle d’Internet.

Mais ses tentatives d’amendement en ce sens sont restées lettre morte. Sa demande de rapport, rejetée.

« Sur la concentration, ça n’a pas du tout bougé. On est vraiment démunis. »

Le sénateur appelle donc « chacun à prendre ses responsabilités. » A commencer par l’Arcep.

Des offres « examinées au cas par cas »

Aussi improbable que cela puisse paraître, le gendarme des postes et des télécommunications est sur le point d’avoir des moyens concrets pour apporter quelques garanties à l’info et à sa diffusion.

Quand vous interrogez ses membres sur le sujet, il faut sortir les rames. Non pas qu’ils ne s’y intéressent pas. Mais la presse, la liberté d’expression, tout ça, ce n’est pas leur fonds de commerce. Eux s’occupent des tuyaux, et non du contenu. Et encore moins d’un contenu sensible comme la presse.

En route vers Bruxelles, où l’Arcep et ses homologues européens se sont donnés rendez-vous le 6 juin, Sébastien Soriano, à la tête de l’institution depuis 2015, m’arrête tout de suite :

« Il ne faut pas faire de plans sur la comète. »

Pourtant, il ne ferme pas complètement la porte. Si des offres comme SFR Presse ne sont « pas interdites en tant que telles », reste qu’elles seront « examinées au cas par cas », ajoute-t-il avant de préciser qu’il avisera aussi en fonction des plaintes qui lui remonteront sur le sujet.

Ces plaintes, des lecteurs, des médias, des distributeurs de presse, des associations, des concurrents de SFR... Bref, un peu qui voudra pourra les adresser à l’Arcep, en profitant de la fenêtre de tir que vient d’ouvrir un texte de l’Europe sur l’encadrement d’Internet.

« L’effet sur la liberté d’expression »

Le règlement de novembre 2015 permet, en effet, aux autorités comme l’Arcep de cadrer d’un peu plus près les pratiques des fournisseurs d’accès à Internet (FAI). Ils n’ont pas non plus la possibilité de faire n’importe quoi avec leurs offres commerciales. Et ça, c’est la grande nouveauté, qui a précisément occupé une grande partie de la réunion du 6 juin, à Bruxelles.

Ce lundi, l’Arcep et ses homologues ont expliqué leur compréhension des nouvelles règles s’appliquant au Net européen (soumises à consultation jusqu’au 18 juillet).

Dans le lot, un certain point 43, qu’on croirait adressé à monsieur Drahi. Il liste les critères qui seront étudiés pour avaliser une offre. Parmi eux :

  • La position sur le marché du FAI en question, ainsi que celle du fournisseur de contenu.
  • L’effet sur « la variété et la diversité des contenus » effectivement accessibles afin de voir si elles sont « réduites en pratique ».
  • L’effet réel sur l’abonné : est-il « incité » à aller sur une application en particulier ?
  • L’effet sur la concurrence : est-elle « matériellement découragée » d’entrer sur le marché, ou forcer de le quitter ?
  • L’effet sur l’innovation, en tentant de savoir « si c’est le FAI qui choisit des gagnants et des perdants ».
  • Les alternatives possibles.
  • Et le meilleur pour la fin :

« L’effet sur la liberté d’expression et le pluralisme des médias. »

Spécificité française

N’empêche, malgré cet outillage, l’Arcep reste prudente. Et ses potes européennes, plus frileuses encore : à les en croire, SFR presse est aujourd’hui une spécificité française. 

A l’issue de la réunion, Thomas Lohninger, militant autrichien au sein de l’Initiative für Netzfreiheit qui a été consulté sur ce dossier, s’emporte :

« Ce n’est pas seulement la presse mais le pluralisme des médias ! L’égalité d’accès à l’information ! C’est pour ça qu’il faut se battre pour avoir des règles générales et non du cas par cas ! Les autorités ne sont pas courageuses, elles ne décideront pas seules. »

Les alliés se font rares

Quand bien même elle le souhaiterait, l’Arcep ne s’engagera pas dans une bataille qui croise intérêts économiques énormes et écosystème médiatique en syncope sans un soutien de poids. Mais les alliés se font rares.

La DGCCRF (Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes), également tenue par l’Europe de faire respecter l’ouverture d’Internet, dit « ne disposer d’aucun élément sur ce sujet ». 

Quant à l’autorité de la concurrence, qui a autorisé en 2015 le rachat de Libération et du groupe L’Express par Altice, elle indique ne pouvoir « donner des informations sur une éventuelle saisine en cours » sur le sujet. Mais se dit « très vigilante sur les engagements de Numericable. »

Du côté des ministères, le sonogramme est tout aussi désespérément plat. Malgré nos sollicitations répétées depuis plus d’un mois, la Culture n’a jamais répondu a nos questions. Même chose du côté du ministre de l’Economie, Emmanuel Macron, que l’on disait pourtant en charge du dossier concentration en 2014.

Le seul frémissement, léger, vient du côté d’Axelle Lemaire, la secrétaire d’Etat au numérique, dont le cabinet fait savoir qu’elle suit « la question avec attention ». Ajoutant, prudent :

« Mais il est prématuré de tirer des conclusions concernant le dossier Altice. »

Pour le sénateur Abate, le désintérêt des politiques est d’autant plus absurde que la stratégie de SFR pose, en plus du reste, la question des aides publiques à la presse, qui alimentent désormais de fait les montages fiscaux de l’opérateur.

Impossible à désactiver

Chez Altice, on poursuit la stratégie du Blitzkrieg  : avancer, au plus vite. SFR a ainsi annoncé dès son lancement que son offre serait totalement ouverte. Côté contenu, à d’autres titres de presse, ne lui appartenant pas ; côté tuyaux, à d’autres opérateurs. Histoire d’anticiper les retours de bâton de l’autorité de la concurrence, qui a déjà fait savoir qu’elle n’appréciait que modérément les contrats d’exclusivité. Et de contrer l’idée qu’un préjudice est ici fait à la diversité du Net français.

Reste que, contrairement aux abonnés SFR, la clientèle de la concurrence devra effectivement débourser 19,90 euros pour accéder à l’application média des opérateurs – une possibilité qui, au passage, n’est toujours pas activée. Et il est vrai que les utilisateurs de SFR pourront toujours consulter d’autres médias via une recherche sur Google. Mais qui, vu l’appétence actuelle pour la presse, prendra la peine d’aller voir ailleurs ?

Sans compter que pour certains clients mobiles, l’application SFR presse est impossible à désinstaller, rapportait il y a quelques jours le site Next Inpact. Et l’offre, impossible à désactiver. On revient à l’idée de départ : une incitation, si ce n’est un enfermement, dans un contenu restreint.

« 12 millions de personnes »

Du côté des rédactions, on moufte peu ou pas trop fort. A l’image de Laurent Joffrin, certains voient la proximité avec SFR comme une opportunité. La promesse d’un modèle économique.

La Société des journalistes et du personnel de Libération s’est dit vigilante quant « aux conséquences de ce rapprochement » avec SFR. Pointe le « risque » de « devenir dépendant d’un diffuseur numérique, d’autant plus qu’il s’agit de [l’] actionnaire majoritaire ».

A L’Express, la Société des journalistes (SDJ) a demandé à rouvrir une clause de cession après le rachat de SFR. Mais les actionnaires n’ayant pas changé entre la fille SFR et la mère Altice, cette requête a peu de chances d’aboutir.

Au Sénat, Patrick Drahi se réjouit :

« Les titres qui sont disponibles sur l’application SFR sont visibles par 12 millions de personnes. Ça ne veut pas dire que 12 millions de personnes les regardent tous les matins, mais des centaines de milliers les regardent tous les matins, quand ils n’étaient que quelques milliers il y a trois, quatre mois. »

« Motif de conflit social »

Pendant ce temps-là, dans les rédactions, la convergence se renforce. Ce 7 juin, SFR lançait ainsi un portail d’information, SFR News. Qui reprend, sans renvoyer aux titres, des articles de L’Express, 01 Net ou BFM – SFR possède également 49% du groupe de BFM et RMC, NextradioTV. Le portail propose aussi du contenu inédit.

Des journalistes viennent même d’être embauchés pour l’occasion au sein de BFM et L’Express. Libé, pour le moment, n’est pas concerné. Cette demande serait de toute façon « un motif de conflit social », estime un journaliste, qui dit :

« On n’est pas là pour développer la marque SFR. On est là pour développer la marque Libération. »

Sources Rue 89

12:52 Publié dans Actualités, Dossier, Manipulation | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : télécoms, presse, dossier, manipulation | |  del.icio.us |  Imprimer | | Digg! Digg |  Facebook | |