Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

03/02/2019

"C'est un journal qu'on n'a pas le droit de laisser mourir" : les salariés de "l'Huma" se battent pour sauver le quotidien de Jaurès

Huma.jpg

Le journal communiste a été contraint de se déclarer en cessation de paiements auprès du tribunal de commerce de Bobigny. Mais ses salariés ne baissent pas les bras et racontent à franceinfo leur lutte pour sauver "l'Huma".

"Je ne dis pas que c'est tous les jours évident mais on est quand même déterminés à se battre." Au bout du fil, Lina Sankari, journaliste à la rubrique internationale de L'Humanité depuis 2007, résume l'état d'esprit de ses collègues : touché mais pas coulé. Malgré la grave crise que traverse le journal communiste, les salariés veulent continuer à croire en l'avenir de ce quotidien, fondé par Jean Jaurès en 1904.

La situation est pourtant alarmante. La semaine dernière le quotidien a été contraint de se déclarer en cessation de paiements, comme l'a révélé l'hebdomadaire Marianne, auprès du tribunal de commerce de Bobigny. Une audience s'y déroule mercredi 30 janvier afin de décider du sort du journal. Lundi, celui-ci a lancé un appel à la mobilisation générale à destination de ses lecteurs afin de l'aider à surmonter ses difficultés financières. "On ne s'est jamais retrouvé dans une situation pareille mais on est prêt à relever le défi", assure Pierre Barbancey, grand reporter à l'Huma.

Une histoire de famille

Récompensé du prestigieux prix Bayeux des correspondants de guerre, Pierre Barbancey, 57 ans, ne connaît que l'Huma. "J'y travaille depuis trente ans, sourit-il. J'avais un grand-père ouvrier métallurgiste et délégué CGT en 1936 et qui lisait l'Huma. Il y a une histoire familiale autour de ce journal". Et le journaliste de rappeler que "l'Huma est un journal à part, créé par Jaurès pour faire entendre la voix des travailleurs, des ouvriers mais aussi porter des idées à contre-courant du politiquement correct". Son collègue, Aurélien Soucheyre, 31 ans, abonde : pour lui aussi, le quotidien est une histoire de famille.

'L'Huma', c'est le journal de la famille que lisaient mon grand-père et mes parents. J'ai grandi à Saint-Denis, pas loin de l'ancien siège, ce journal a toujours été dans mon histoire.Aurélien Soucheyreà franceinfo

Grégory Marin, lui, "rêvait d'aller bosser à l'Huma". Le président de la Société des personnels de l'Humanité, qui travaille au service politique, a poussé la porte du journal pour la première fois en 2006. "C'était le journal où j'avais envie de travailler, dont je me sentais politiquement le plus proche, pas seulement pour une certaine liberté de ton mais aussi pour les combats qu'il mène", se souvient-il, évoquant notamment le combat du journal pour l'abolition de la peine de mort. 

Lina Sankari, 36 ans, loue "cette formidable rédaction qui laisse énormément de liberté à ses journalistes". Embauchée en 2007, la reporter, qui tient à préciser qu'elle ne vient pas d'une famille communiste, assure qu'on ne leur impose pas de sujets. "Cette idée de liberté est importante, c'est nous qui sommes les maîtres des dossiers."

"On compte chaque dépense"

Mais la crise que traverse l'Huma pourrait avoir raison de cette "formidable rédaction". Tiré à près de 50 000 exemplaires, le quotidien a vu ses ventes chuter en France de 6% en 2017-2018, à 32 700 exemplaires en moyenne.

Depuis longtemps, on vit avec cette épée de Damoclès mais là, la menace se concrétise et on était jamais allé jusque-là.Grégory Martinà franceinfo

"On compte chaque dépense que l'on fait pour partir en reportage ou pour prendre une pige. On fait ça depuis des années mais ça s'est accéléré depuis deux ans", raconte Grégory Martin. Le journaliste prend un exemple concret : "Quand je vais en reportage en région, je dors chez des amis ou des militants pour économiser."

Malgré ces petites combines, la situation financière du journal s'est détériorée et sa potentielle disparition inquiète les journalistes au-delà de leur propre sort. "On est inquiets, on a tous des familles à nourrir. Mais c'est un journal qu'on n'a pas le droit de laisser mourir, il ne nous appartient pas, il appartient à ses lecteurs", soutient Lina Sankari. "Pour la France, la disparition de l'Huma, ce serait un appauvrissement du débat démocratique. On apporte dans le pot commun des idées pour aider à la réflexion et même si ces idées-là sont affaiblies, elles n'ont pas disparu", renchérit Pierre Barbancey. 

"Ceux qui vivent sont ceux qui luttent"

Alors, l'heure est à la mobilisation. "Ceux qui vivent sont ceux qui luttent", explique le grand reporter, citant Victor Hugo. "On réagit comme ça à l'Huma, même s'il y a des moments d'abattement, on relève la tête et on compte sur notre richesse, les lecteurs, car ce sont eux qui nous font vivre depuis toujours", rappelle Grégory Martin. Le directeur du journal, Patrick Le Hyaric, a demandé aux lecteurs de monter "une mobilisation exceptionnelle", via des actions comme des collectes de fonds, des débats ou des animations de rue, pour l'aider à sortir de l'ornière. Un meeting de soutien est également prévu le 22 février à Paris.

Et les efforts commencent à payer. Aurélien Soucheyre souligne "l'élan qui se crée" autour du journal. "On reçoit beaucoup de dons et de messages, ça fait chaud au cœur", raconte-t-il. "L'état d'esprit est à la bataille. En attendant, on va continuer à faire le meilleur journal possible", conclut Grégory Martin. 

Source France Info

19:48 Publié dans Actualités, Informations, Journal | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : humanité, souscription, aide | |  del.icio.us |  Imprimer | | Digg! Digg |  Facebook | |

11/01/2019

FRAUDE SECURITE SOCIALE : L'INTOX DE GILETS JAUNES

securite sociale.jpg

Pourquoi la fraude au numéro de Sécurité sociale dénoncée par certains "gilets jaunes" est une intox

Sur Facebook, la vidéo relayant la fausse information a été vue plus de 940 000 fois.

Une "fake news" qui revient régulièrement. Sur la page Facebook "La France en colère", qui rassemble des "gilets jaunes", un membre a partagé une vidéo dimanche 6 janvier. On y voit un homme affirmer une information choc : une "fraude au numéro de Sécurité sociale" qui coûterait 14 milliards d'euros par an à la France. Elle concernerait "1,8 millions" de "faux" dossiers de personnes nées à l'étranger. En quelques jours, la vidéo a été vue plus de 940 000 fois et partagée par près de 42 000 personnes. Alors vraie ou fausse information ? Nous avons posé la question à la Direction de la Sécurité sociale (DSS), en charge du dossier, et voici les raisons d'en douter.

Parce que le chiffre de 14 milliards "ne se fonde sur aucun fait tangible"

L'histoire part d'un audit, réalisé en 2011. "En étudiant un échantillon aléatoire de dossiers [de personnes nées à l'étranger], on a découvert que certaines pièces avaient été falsifiées", explique la DSS. A ce moment-là, il y a eu une extrapolation. "Le contrôle, effectué sur 2 100 dossiers, avait révélé un 'taux de faux documents' de 6,3%", explique le Journal du dimanche. Rapporté à la totalité des dossiers, ce taux a été rattaché à un montant moyen supposé des prestations demandées par numéro social et un total a été avancé.

"Ça ne se fonde sur aucun fait tangible, regrette la DSS. Aucun document ne se base sur ce montant." L'administration souligne la diversité des demandes de prise en charge, impossible donc d'avoir un chiffre précis. Un montant est, lui, connu : celui de la fraude détectée aux prestations versées par les organismes de Sécurité sociale : en 2017, elle s'élevait à 586 millions d'euros, toutes catégories confondues, selon le bilan de la Délégation nationale à la lutte contre la fraude. Bien loin des 14 milliards évoqués.

Parce que l'attribution est plus sûre qu'avant

De plus, la situation a évolué depuis la date de l'audit en question. "A cette époque, nous ne demandions qu'une seule pièce" pour l'attribution d'un numéro de Sécurité sociale. Aujourd'hui, il faut fournir une pièce d'identité et un document d'état-civil. Ensuite, un service vérifie ces pièces et s'assure qu'elles sont authentiques, avec l'aide de la police aux frontières.

Moins de fraude, donc ? "Depuis quelques années, le taux d'anomalies a diminué. En 2011, il était de 6,3%, en 2013, de 5,44%, et en 2018, de 4,23%", indique la DSS. Des "anomalies" qui ne correspondent pas toutes à des situations de fraude.

Parce que cela ne concerne pas 1,8 million de personnes

"Depuis 2011, il s'avererait que 1,8 million de ces numéros seraient faux, auraient été falsifiés, et ça c'est l'estimation basse", avance la vidéo partagée sur les réseaux sociaux. Il y aurait autant de cas à dénoncer ? La Direction de la Sécurité sociale avoue ne pas savoir d'où ces chiffres viennent. "En moyenne, entre 450 000 et 500 000 numéros d'inscription au répertoire (NIR) sont délivrés chaque année aux personnes nées à l'étranger." 

"Aujourd'hui, les bases nationales recensent 112,3 millions de personnes inscrites au système national de gestion des identifiants, dont 21 millions nées à l’étranger (de nationalité française ou non)", explique le JDD. Même en appliquant le taux d'anomalie de 4,23% recensés en 2018 à tous ces dossiers, "cela porterait donc le doute sur un stock de 880 000 numéros", calcule le journal.

Mais les anomalies détectées par l'audit ne correspondent pas toujours à des faux documents. "En 2017, 93% concernaient un document de mauvaise qualité", explique la DSS. Elle donne pour exemple un acte de naissance étranger sur lequel le nom de la mère est inscrit en haut à droite, puis à gauche à cause d'un changement opéré par les autorités locales.

Parce qu'un numéro ne donne pas droit automatiquement à de l'argent

"Le numéro de Sécurité sociale n'est pas un sésame !", prévient la DSS. En effet, il ne suffit pas d'un NIR pour accéder au remboursement de frais. "Si vous souhaitez faire une demande d'aide au logement, de prime d'activité... il faudra fournir d'autres pièces justificatives. Il faudrait alors que tous les autres documents soient falsifiés" pour toucher de l'argent – et penser atteindre les 14 milliards d'euros. "Si vous arrivez à la Caisse primaire d'assurance-maladie en disant : 'Je m'appelle Jean Dupont, mon NIR est le suivant', et bien ça s’arrêtera là."

Sources France Info

 

18/09/2018

La Fête de l’Humanité bat son record de fréquentation… et (presque) personne n’en parle, ce qui agace le PCF

fete huma 2018 foule.jpg

La Fête de l’Humanité qui s’est déroulée à La Courneuve du 14 au 16 septembre 2018 a connu une très forte affluence battant son record avec 800 000 visiteurs. LE PCF, organisateur de l’évènement, s’étonne que la presse nationale ait accordé plus d’importance à Marine Le Pen ayant fait un discours devant 1 000 personnes.

« Ce weekend a été historique pour les militants communistes. Notre fête, la Fête de l’Humanité a explosé les compteurs en terme de participation en dépassant la barre des 800 000 visiteurs, soit 6 fois plus que les Eurockéennes de Belfort. Cette affluence fait de la Fête de l’Humanité la plus grande fête populaire de France, mais c’est aussi un évènement culturel incontournable avec plus de 60 concerts, avec un village du livre accueillant près de 200 auteurs, des spectacles vivants, des expositions… C’est aussi et surtout l’évènement politique incontournable  de la rentrée avec la présence de nombreuses personnalités du monde politique, syndical, sportif ou associatif. C’est aussi la présence  de stand venant de toute la France (comme le stand de la Fédération du Doubs du PCF avec ses 50 militants bénévoles), aux côtés des stands de partis progressistes du monde entier » décrit le PCF dans un communiqué.

« Nous avons vu plus de personnes sous le stand du PCF de Doubs ce week-end qu’il n’y en a eu devant Marine Le Pen »

Il explique également que « pendant ce temps, Marine Le Pen lance sa campagne européenne à Fréjus devant 1 000 personnes. Même pas un quart des militants bénévoles de la fête de l’Humanité. Il y a d’ailleurs fort à parier (même si nous n’avons pas tenu les comptes) que nous avons vu plus de personnes sous le stand du PCF de Doubs ce week-end qu’il n’y en a eu devant Marine Le Pen, et que la teneur des nos débats étaient bien plus dense politiquement que le vide idéologique du repli identitaire prôné par le Rassemblement national – (ex FN) ».

« Comment s’étonner alors que le RN sort en tête des sondages des européennes si le micro lui est tendu en permanence ? »

Le PCF a constaté qu’à la radio ou dans la presse papier/internet, « tout le monde parle de Fréjus et la Courneuve apparaît dans le meilleurs des cas dans les faits divers. » Et d’ajouter : « Comment s’étonner alors que le RN sort en tête des sondages des européennes si le micro lui est tendu en permanence ? » questionne le parti d’extrême gauche.

Il conclut : « Les communistes qui sont attachés à une presse libre et pluraliste se demandent parfois les raisons qui poussent les éditorialistes à nous écarter de l’actualité traitée par leurs journaux. »

31/08/2018

Intox. Pas de masturbation au programme

fake-news-education-sexuelle.jpg

Après la promotion de la pédophilie, voici le gouvernement accusé de vouloir enseigner l’onanisme aux élèves de maternelle... En cette veille de rentrée, les rumeurs les plus fantaisistes ont fleuri, avec un inquiétant succès sur les réseaux sociaux.

C’est un cas d’école de désinformation. « Dès la rentrée 2018 », menace un tract distribué dans les transports à Paris, « un intervenant extérieur » va venir « apprendre la masturbation » et « expliquer l’homosexualité et l’amour anal » à vos enfants. Un avertissement qui s’accompagne depuis le début de l’été de plusieurs vidéos du même acabit. Ainsi, le 26 août dernier, une page Facebook intitulée Roubaix News prétendait dévoiler un « document établissant les bases d’une éducation sexuelle à l’école », alarmant de nombreux internautes.

À l’intérieur de celui-ci, on découvre par exemple que nos bambins de 4 ans seront dès la rentrée éduqués à découvrir « le plaisir de s’exhiber », ou formés aux « jeux génitaux ». Du grand n’importe quoi ? Évidemment. Sauf que la publication est partagée plus de 10 000 fois en une journée et que certains parents s’inquiètent. « J’ai appris la nouvelle via les réseaux sociaux début août.

J’ai passé beaucoup de temps à trier le vrai du faux, mais ce que j’ai trouvé ne me rassure pas. Si je ne travaillais pas, je déscolariserais mes enfants », témoigne ainsi Laïla, mère de deux enfants de 5 et 7 ans.

Des sites d’extrême droite à la manœuvre

Archétype de la fake news, le document relayé par Roubaix News n’est autre qu’un rapport daté de 2008 qui propose des réflexions aux enseignants suisses, comme l’a révélé le Monde mardi. Cette intox a vu le jour suite à la promesse de Marlène Schiappa, secrétaire d’État chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes, le 19 juillet, de relancer, par le biais d’une circulaire, les trois séances annuelles d’éducation à la sexualité. Un enseignement pourtant prévu dans la loi depuis 2001, dont les seuls objectifs sont d’apprendre aux élèves (à partir de la primaire) « le respect du corps humain », et de promouvoir « une vision égalitaire » des relations femmes-hommes.

Particulièrement ciblée, Marlène Schiappa est aussi accusée de vouloir légaliser la pédophilie. À l’origine de ces rumeurs : des sites d’extrême droite comme La gauche m’a tuer ou Réseau libre. Ces as de la fachosphère accusent la secrétaire d’État de ne pas inclure dans sa loi contre les violences sexistes et sexuelles la présomption de non-consentement pour les enfants de moins de 15 ans. Si cette modification n’a pas été introduite dans le texte – pour cause de possible inconstitutionnalité –, rien n’a été changé sur la pénalisation de la pédophilie. Bien au contraire.

La nouvelle loi allonge la durée de prescription des crimes de nature sexuelle sur mineurs et instaure de nouvelles sanctions. Depuis le début de l’été, cette rumeur va pourtant bon train et a même été relayée par des personnalités politiques, parmi lesquelles le conseiller régional RN (ex-FN) Olivier Monteil ou la conseillère municipale LaREM Agnès Cerighelli.

Des rumeurs entretenues par les groupes complotistes, qui appellent à manifester devant toutes les préfectures de France pour la rentrée. Avec quelles chances de succès ? Le ministre Jean-Michel Blanquer a en tout cas tenu à démonter l’intox, mercredi, lors de sa conférence de presse de rentrée : « Je demande à chacun et à chacune (...) de ne pas chercher à créer des peurs là où ce n’est pas nécessaire. » Ces campagnes de désinformation rappellent furieusement celles de l’automne 2014, lancées contre le projet des « ABCD de l’égalité », qui visait à déconstruire les stéréotypes de genre. À l’époque, l’exécutif dirigé par François Hollande avait fini par plier devant les coups de boutoir de la fachosphère.