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26/03/2020

Essai. Un économiste décortique la presse dominante

medias livre.jpgL’économie vue des médias Anatomie d’une obsession morale Michaël Lainé Éditions Le Bord de l’eau, 225 pages
À partir d’une lecture méthodique de six journaux appartenant aux grandes fortunes, Michaël Lainé met à bas le prêt-à-penser néolibéral.

Disons-le d’emblée : le titre de l’ouvrage n’est pas tout à fait adéquat au contenu. Car ce qu’analyse en réalité Michaël Lainé, membre des Économistes atterrés, ce n’est pas l’économie « dans les médias », mais dans une poignée d’entre eux. « Vu l’immensité de la tâche, il fallait faire un choix. Nous nous sommes focalisés sur la presse écrite nationale », explique-t-il dès l’avant-propos.

Mais, même à ce niveau, la sélection semble avoir été rude, puisque les seuls titres retenus sont le Figaro, le Monde, Libération, le Point, l’Express et l’Obs. Cela en exclut quelques-uns, qu’il eût été pourtant intéressant de mettre en balance, à commencer par l’Humanité, ne serait-ce que pour mieux faire ressortir la plus ou moins forte homogénéité des journaux étudiés, en matière de pensée économique. Et c’est là tout l’objet du livre. Certes, le manque de diversité pointé n’est pas en soi une surprise. En revanche, c’est certainement la première fois que cette réalité se voit quantifiée avec précision.

Michaël Lainé a lu plus de 15 000 articles, produits sur les années 2014 et 2015. Grâce à une méthodologie visant à s’approcher au maximum de l’« objectivité », et qu’on ne peut ici décrire de façon exhaustive, il recense ainsi, par exemple, 66 articles fustigeant le Code du travail, contre 13 seulement « qui le louent ». Dans le panel, « seul Libération consacre plus d’analyses pour sa défense », observe-t-il. Mais en regardant dans le détail, seuls 15,4 % des articles de ce quotidien sont franchement « pour » le Code du travail, et 30,8 % « plutôt pour ». Bien sûr, c’est toujours mieux que l’Express et le Point, où 100 % des papiers s’avèrent hostiles.

Une série d’« éclairages empiriques » ou « théoriques »

Outre cette production de données statistiques, que l’on retrouve sur bien d’autres thèmes, comme les 35 heures ou le Smic, l’ouvrage apporte une série d’« éclairages empiriques » ou « théoriques », démontant un à un tous les préjugés néolibéraux promus par une majorité de médias : le culte de l’austérité budgétaire, le dénigrement systématique des fonctionnaires (ces « privilégiés ») et de l’intervention de l’État dans les entreprises, l’invocation à tout bout de champ des contraintes de la « mondialisation » ou, sur un registre plus « moral », les saillies contre l’« assistanat » auquel conduirait notre modèle social… Bien que l’auteur porte un regard pessimiste sur l’avenir des médias, on trouvera dans son travail de solides raisons pour redoubler d’efforts dans le soutien à la presse indépendante des puissances financières.

18:11 Publié dans Eclairage, Informations, Journal, Manipulation | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : essai, médias, laine | |  del.icio.us |  Imprimer | | Digg! Digg |  Facebook | |

10/02/2020

La fake news de Madame Salamé sur France Inter

Salame.jpg

Ce qui est terrible quand on profère un mensonge en direct à la radio, c’est qu’il révèle aussi votre méthode de travail : cliquer sur le premier lien Google et lire la première phrase. Bernard Marx rétablit les faits.

Ce lundi 10 février sur France Inter, Monsieur Demorand et Madame Salamé interviewaient Gabriel Zucman, économiste spécialiste des inégalités et de la fiscalité, professeur à l’université de Berkeley aux États-Unis. Il publie en France, avec son collègue Emmanuel Saez, le livre Le Triomphe de l’injustice [1] après une parution en anglais aux États-Unis où il a fait évènement. Gabriel Zucman et Emmanuel Saez figurent en effet parmi les conseillers des équipes de Bernie Sanders et d’Elizabeth Warren en matière de réforme fiscale et notamment d’imposition de la fortune.

J’étais tout à ma joie de ne pas avoir à écouter un des ministres qui ont leur rond de serviette au Grand Entretien de France Inter, ou à tourner le bouton pour ne pas avoir à écouter leurs sempiternelles rengaines. Je me disais que ce serait sûrement pour demain, mais qu’à chaque jour suffit sa peine, profitons du moment présent. Cela rajeunissait beaucoup d’entendre quelqu’un se référer à un dirigeant politique qui avait dit et fait : « Au-dessus de tant, je prends tout ! » Même s’il s’agissait des États-Unis et pas de la France.

C’est alors que j’ai entendu Léa Salamé apostropher l’économiste avec l’assurance de quelqu’un qui sait naturellement de quoi elle parle : « Comment on explique le taux de pauvreté inférieur aux États-Unis qu’il l’est en France. Ça, c’est clair. Et qui continue à baisser ces cinq dernières années, malgré les politiques Trump. » « Heu ! Alors là, je suis loin d’être sûr que le taux de pauvreté soit inférieur aux États-Unis qu’en France », lui a répondu poliment l’ignorant chercheur. Mais la journaliste a tenu à conclure : « Je veux juste préciser, parce que j’ai retrouvé sur ce que j’ai dit sur le taux de pauvreté, le taux de pauvreté c’est 13,1% aux États-Unis et 14,8% en France ».

Effectivement, quand on tape sur Google « taux de pauvreté aux États-Unis », apparaît en première ligne la phrase : « La pauvreté aux États-Unis concerne officiellement 43,1 millions de personnes, soit 13,5% de la population américaine en 2015 ». Et si l’on tape « taux de pauvreté France », la première phrase qui s’affiche est : « Selon l’Institut national des études économiques, 14,7 % de la population vivaient sous le seuil de pauvreté en 2018 ».

Sauf qu’il faut quand même faire l’effort de lire les deuxièmes phrases. Si elle les avait lues, la journaliste politique de référence sur les ondes du service public n’aurait pas pu dire que le taux de pauvreté aux États-Unis est inférieur à celui de la France. Ou alors elle aurait diffusé sciemment une fausse nouvelle. À chacun son opinion sur ce point.

Au-delà du premier résultat Google

Le fait est que la deuxième phrase pour la recherche « taux de pauvreté États-Unis » est : « Selon plusieurs universitaires, le taux officiel de pauvreté ne donnerait pas une appréciation juste de la réalité, plus préoccupante ». Cependant que pour « taux de pauvreté France », la deuxième phrase est : « (60 % du niveau de vie médian : près de 1065€ mensuels, après impôts) : soit 9,3 millions de personnes. En 2017, 8,9 millions vivaient sous ce seuil. »

En clair, le taux de pauvreté officiel aux États-Unis n’est pas calculé de la même manière qu’en France. Il est évalué là-bas sur la base d’un montant absolu de revenus, alors qu’en France il est évalué sur la base d’un pourcentage du revenu médian. 50 ou 60%. En France, effectivement en 2018, 14,7% de la population dispose de revenus inférieurs à 60% du revenu médian. Ce taux tend à augmenter puisqu’il était de 14% en 2014. Merci Monsieur Macron.

Gabriel Zucman a raison de dire que les trois mesures principales de sa politique fiscale – la transformation de l’ISF en IFI, la baisse du taux d’imposition sur les sociétés et la flat taxe sur les revenus du capital – permettent de la caractériser comme une politique en faveur des très riches. Et l’OFCE a raison d’affirmer que cette politique appauvrit les pauvres.

Si l‘on prend comme référence la limite de 50% du revenu médian et non plus 60% le taux de pauvreté est en France proche de 8% quasiment constant depuis 2013. Et évidemment, si l’on veut comparer les taux de pauvreté aux États-Unis et en France, il faut les calculer de la même manière. Il n’y a pas à chercher très loin. Il suffit de taper « taux de pauvreté par pays ». Le premier lien qui s’affiche est celui de l’OCDE. On tombe sur une page qui donne le taux de pauvreté calculé avec un seuil de 50% du revenu médian. Pour la ligne France cela donne 8,3% (en 2016) et pour la ligne États-Unis 17,8% (en 2017).

Le graphique est éloquent. La France figure encore – avant l’impact de la réforme macronienne du chômage et celle de la retraite – parmi les pays où le taux de pauvreté est le plus bas et les USA est le pays riche où le taux de pauvreté est le plus élevé. Si l’on prend le seuil de 60% du revenu médian, le taux de pauvreté aux USA est de près d’un quart (24,2%), soit 10 points de plus qu’en France selon l’Observatoire des Inégalités.

Madame Salamé va-t-elle corriger et s’excuser ou s’enfoncer dans le journalisme de fake news de classe ? Réponse demain.

 

Bernard Marx, Regard

Notes

[1Emmanuel Saez, Gabriel Zucman : Le triomphe de l’injustice - Richesse, évasion fiscale et démocratie. Seuil, février 2020

17/12/2019

Grève des transports : France 2 n’est jamais fatiguée des usagers fatigués

Delahouse.png

Tous les soirs à 20 heures, France 2 documente la fatigue et l’inquiétude des usagers des transports et des trottoirs. Sur BFMTV, on continue de considérer que “les Français” ne sont pas concernés par la réforme des retraites, seulement par les fêtes de fin d’année.

« A la une, neuvième jour de grève, le gros coup de fatigue des usagers », déplore Laurent Delahousse vendredi. Le 20 heures de France 2, lui, n’est pas fatigué de réaliser chaque jour les mêmes reportages sur la fatigue des usagers. « Les usagers, notamment en Ile-de-France, développe le présentateur, commencent à montrer des signes de grosse fatigue. » Certains s’endorment même devant le JT. « Les annonces d’aucune trêve durant les fêtes de Noël par certains syndicats fragilisent encore la situation. » Euh… pardon ? Les annonces fatiguent les usagers par anticipation ? Le pouvoir de nuisance des syndicats est proprement surnaturel.

« Ce soir, décrit la reporter, la scène se répète. » Comme tous les soirs au JT. « Bousculade et panique pour entrer dans le RER. Comme dans une fourmilière. » Et comme tous les soirs au JT. « Ce matin, pour accéder aux quais du métro bondé, il fallait attendre son tour. Les nerfs de certains lâchent. » « La grève, pourquoi ?! Les bâtards ! », hurle le voyageur d’une vidéo amateur. « Pour d’autres, c’est l’épuisement. » Paroles d’usagers : « Tout le monde est fatigué, tout le monde galère. » « On est au bout du rouleau. On a envie de faire un arrêt de travail. »

« Transports en commun saturés, embouteillages permanents…, gémit la journaliste. Pour ceux qui arrivent au bureau, c’est aussi l’épuisement. » Euh… pardon ? Ceux qui sont épuisés par le trajet jusqu’au boulot sont aussi épuisés au bureau ? C’est incompréhensible. Normalement, le seul fait de se mettre au service de son employeur suffit à gommer toute fatigue. « Pour cette directrice des ressources humaines, il faut revoir toute l’organisation. » Pour toute directrice des ressources humaines, les salariés sont des « collaborateurs » : « Les collaborateurs rentrent plus tôt, partent plus tard. » Il faudrait savoir. « Et il y a aussi la fatigue morale. » Les « collaborateurs » sont morts d’inquiétude à l’idée que les syndicats pourraient les priver d’une réforme qui ne fera que des gagnants.

« Des salariés assommés, épuisés », insiste la journaliste de France 2, qui s’épuise à répéter le mot « épuisé ». « Ils sont désormais de plus en plus nombreux à poser des arrêts maladie. » Euh… pardon ? Sur France 2, on « pose » des arrêts maladie ? Même pas besoin de consulter un médecin ? « C’est ce que remarque ce médecin depuis quelques jours. » Je ne comprends plus. « J’ai constaté des patients fatigués, exténués par les transports, les 600 kilomètres de bouchons… » Si ses patients parcourent 600 kilomètres de bouchons par jour, je comprends qu’ils soient exténués. « Ils sont venus me solliciter pour demander soit des vitamines, soit des arrêts de travail. » Qu’ils pourront ensuite « poser » à leur guise.

« Malgré la fin de la semaine, le week-end est loin de s’annoncer de tout repos, désespère la reporter. En pleines courses de Noël, la situation dans les transports restera compliquée. » Les consommateurs épuisés poseront-ils des arrêts maladie pour échapper aux courses de Noël ?

« Une séquence de bras de fer social qui pousse de nombreuses personnes à s’élancer à pied pour rejoindre leur travail, reprend Laurent Delahousse. Un itinéraire que nous avons effectué aujourd’hui à Paris aux côtés de plusieurs salariés. » Euh… pardon ? Un itinéraire de bras de fer à pied ? Le reportage est titré « Grève des transports : à marche forcée » — à défaut de « marche ou crève ».

« Voilà un moyen de transport sur lequel on peut compter : ses pieds, assure la reporter. Ce matin, ils étaient nombreux à arpenter pour aller travailler. » Pour l’occasion, arpenter est devenu un verbe intransitif. « Les moins sportifs battent des records. » Une marcheuse montre une application sur son téléphone : « Pour mercredi, 11 442 pas. » « Ah tout de même ! », s’exclame la journaliste. Rappelons que la moyenne conseillée par les autorités de santé est de 10 000 pas par jour. « Pour jeudi, ça indique 9,3 kilomètres. » « 9 kilomètres à pied, c’est ce que vous faites d’habitude ? » « Non, pas du tout. Mais ça va faire grand plaisir à mon médecin généraliste quand je vais lui dire. » Ce ne doit pas être le médecin du reportage précédent.

« Une séance de sport dont se serait bien passé ce jeune homme qui travaille de nuit dans la restauration. » « J’en ai pour trente minutes alors que j’en ai pour cinq minutes en RER donc ça me fatigue. » Trente minutes de marche ? Un calvaire. « Nous accompagnons Julie, elle s’apprête à marcher quarante-cinq minutes… Et gare aux embouteillages de trottoir. » Avec 1 450 kilomètres, le record des bouchons de trottoir a d’ailleurs été battu la semaine dernière à Paris. « La journée sera longue, conclut la reporter. Alors, une fois arrivés au travail, ceux qui se sont équipés pour utiliser leurs pieds doivent savoir aussi les récompenser. » La voici qui enfile des pantoufles.

Ça me fait tout drôle de voir réapparaître Laurent Delahousse en sachant désormais qu’il porte des pantoufles sous la table du 20 heures. « Jean-Pierre Farandou, le nouveau pdg de la SNCF, demande aux grévistes de faire un pause durant les fêtes. » Et de reporter leur grève après l’adoption de la réforme.

Le 20 heures consent tout de même un reportage dans les familles de deux grévistes de la SNCF pour documenter leurs propres sacrifices. Puis Laurent Delahousse évoque la réforme elle-même. « L’un des reproches fait à l’exécutif concerne le flou, l’absence de pédagogie qui entoure cette réforme complexe. » Avec un peu de pédagogie, les grévistes reprendraient immédiatement le travail. « La valeur du point de ce système par points mérite bien justement un petit point. » Le présentateur ne lésine point sur les points.

Ça me fait tout drôle de voir réapparaître Laurent Delahousse en sachant désormais qu’il porte des pantoufles sous la table du 20 heures. « Jean-Pierre Farandou, le nouveau pdg de la SNCF, demande aux grévistes de faire un pause durant les fêtes. » Et de reporter leur grève après l’adoption de la réforme.

Le 20 heures consent tout de même un reportage dans les familles de deux grévistes de la SNCF pour documenter leurs propres sacrifices. Puis Laurent Delahousse évoque la réforme elle-même. « L’un des reproches fait à l’exécutif concerne le flou, l’absence de pédagogie qui entoure cette réforme complexe. » Avec un peu de pédagogie, les grévistes reprendraient immédiatement le travail. « La valeur du point de ce système par points mérite bien justement un petit point. » Le présentateur ne lésine point sur les points.

« À la une ce soir, récidive Laurent Delahousse le lendemain, la grève ou la trêve pour les fêtes de Noël ? » Le titre questionne : « Grève, y aura-t-il des trains à Noël ? » Curieusement, il ne demande pas s’il y aura toujours une réforme des retraire à Noël. « Une incertitude qui inquiète les usagers, les commerçants et qui pèse sur le gouvernement. » Mais pas sur les grévistes, qui ne fêtent pas Noël.

« On commence par des images qui suscitent depuis quelques heures beaucoup de réactions et d’indignation, propose Laurent Delahousse. Que s’est-il passé à Saint-Ouen, dans l’enceinte du stade du Red Star ? L’ex-championne du monde de natation et vice-championne olympique devenue ministre, Roxana Maracineanu, assistait à la rencontre de football à titre privé. Un attroupement se forme, les insultes pleuvent, la forçant à quitter le stade. » « Tout dérape », témoigne le reporter. A mon avis, la ministre a été victime d’usagers excédés et fatigués de devoir aller jusqu’au stade à pied.

Laurent Delahousse travaille sa transition : « Une affaire qui résonne dans un contexte de colère et de questionnement sur l’avenir et l’impact du conflit des retraites. » La colère et le questionnement des usagers, bien sûr, mais pas seulement : « C’est un scénario que les commerçants redoutaient qui se dessine depuis quarante-huit heures. » Pauvres commerçants, principaux bénéficiaires de la compassion de France 2 qui leur consacre de nombreux sujets mais néglige les travailleurs précaires et sous-payés des lointaines banlieues dont le salaire sera amputé des heures de travail manquées, comme le notait Arrêt sur images. « Moins 30 % de fréquentation dans les magasins, rapporte une journaliste. Le représentant des petits commerçants tire la sonnette d’alarme. » Pour pouvoir la tirer, il a au moins réussi à monter dans un train ou un métro.

« À huit jours des vacances, reprend Laurent Delahousse, le bras de fer se durcit entre gouvernement et syndicats sur la question d’une potentielle trêve de Noël. Entre les deux, les usagers eux voient l’échéance arriver avec inquiétude. » Paroles d’usagers aussi inquiets que fatigués (d’être inquiets). « Hier, dans une vidéo interne, le nouveau patron de la SNCF a lancé un appel aux grévistes. » Pour leur demander de repousser leur grève après l’adoption de la réforme.

« Autre secteur économique qui suit de près la situation, alerte Laurent Delahousse, c’est celui du tourisme et particulièrement celui des stations de sports d’hiver. » Un secteur qui passionne aussi intensément les JT autant qu’il concerne une infime minorité de Français (seulement 7 % d’entre eux partent en vacances d’hiver au moins un an sur deux). « Elles jouent gros et justement les perturbations sur le trafic ferroviaire sont le socle des réservations. » Euh… pardon ? Les perturbations du trafic ferroviaire sont le socle des réservations ? Pourvu qu’il y ait beaucoup de perturbations afin d’assurer un bon niveau de réservations. À La Plagne, le reporter interroge notamment de pauvres propriétaires de logements et un modeste couple qui a réussi à parvenir jusqu’à la station mais qui ne sait s’il pourra en repartir.

Le dimanche soir, c’est au tour du présentateur de BFMTV Gilane Barret de proposer : « Parlons de la vie des Français. » Mais pas de n’importe quels Français « C’est une nouvelle semaine très compliquée qui s’ouvre pour les Français. » Rappelons que les grévistes, les manifestants et les personnes concernées par la réforme des retraites ne sont pas français. « La paralysie dans les transports se poursuit. Les Français déjà fatigués et même énervés vont devoir faire avec. » La parole est aux Français fatigués et énervés.

« Question pratique, que peut faire un gouvernement face à une telle grève pendant les fêtes ?, interroge Gilane Barret. Est-ce qu’il peut aller plus loin dans des réquisitions ? » Envoyer l’armée pour mettre les conducteurs dans leurs trains ? « Est-ce qu’il en fait assez pour assurer les meilleures fêtes possibles aux Français ? » Rappelons que, n’étant pas français, les grévistes, les manifestants et les personnes concernées par la réforme des retraites ne fêtent pas Noël.

Michel Sapin, un invité de saison, répond : « Si le gouvernement avait voulu éviter ce problème au moment des fêtes, il ne fallait pas faire une annonce qui était une agression pour la totalité de syndicats juste avant les fêtes. » « Donc, erreur de timing, déduit Gilane Barret. Il fallait faire ça en janvier ? » Ou, mieux, le 3 août. « Est-ce qu’il faut faire une trêve de cette grève… ou bien une trêve de la réforme jusqu’en janvier ? » « Laurent Berger a la bonne attitude, juge Michel Sapin. Il dit que son objectif n’est pas d’embêter les gens à Noël. » Il a même réclamé ce lundi matin une trêve pour les fêtes (comme le gouvernement). Et assuré qu’il désirait continuer à travailler avec Jean-Paul Delevoye (comme le gouvernement)… quelques heures avant que le haut-commissaire démissionne.

Michel Sapin, comme Laurent Berger, milite pour la suppression de « cette histoire de l’âge pivot ». « La CGT voudra quand même continuer », désespère Gilane Barret. Et de conclure : « Ne manquez pas mardi notre émission spéciale sur BFMTV : “La grève, jusqu’à quand ?” Bonne question. » On ne se lasse pas de la poser. Le titre de la précédente émission spéciale de BFMTV, mercredi dernier, était « Grève, stop ou encore ? » Curieusement, la chaîne ne titre jamais « Réforme de retraites, stop ou encore ? » ni « Réforme des retraites, jusqu’à quand ? »

La pub déboule. Message de prévention du gouvernement : « Dans la vie, il y a des moments qui comptent plus que d’autres. (…) Des moments où l’on décide d’être son propre patron. (…) On a tous une bonne raison de faire le test du VIH et des infections sexuellement transmissibles. » Se faire dépister parce qu’on crée son entreprise ? Je ne vois pas bien le rapport. Jusqu’où va se nicher le mythe de la start-up nation dans laquelle chacun est entrepreneur de soi-même — et de sa retraite…

Sources Samuel Gontier Télérama

02/10/2019

Presse. Carnage social chez Reworld

media Reworld.jpg

Après un an de rebondissements, les carnassiers de Reworld Media sont parvenus à leurs fins : les deux tiers des journalistes ont quitté ce qui était le plus gros groupe de presse magazine du pays, Mondadori France.

À Grazia, il ne reste plus qu’une journaliste. À Pleine Vie, quinze journalistes partent, un seul reste. À Nous Deux, c’est bien simple : il n’y a plus personne pour faire le journal. Avant-hier soir, 194 des 330 journalistes qui composaient le groupe sont partis, ainsi que 74 des 200 pigistes. Soit 60 % des effectifs de ce qui a constitué, pendant dix ans, le groupe de presse magazine le plus important de France, Mondadori.

Un groupe qui détenait, jusqu’en juillet, des titres comme Sciences & Vie, Sciences et Avenir, Télé Poche, Biba, Top Santé, Closer. Et qu’on se le dise : la presse, le papier, la liberté d’expression ne sont pas les chevaux de bataille des deux cofondateurs de Reworld Media, Pascal Chevalier et Gautier Normand. Non. Eux, ce qui les intéresse, c’est le cash. Le flouze. Le fric, quoi. Le contenu ? On s’en balance ! Les journalistes ? On s’en fout, puisqu’il n’est pas plus question de journalistes que de journaux. Mais, ainsi que les deux hommes l’ont fait ailleurs, en particulier dans des titres de Lagardère rachetés par leurs soins, il s’agit de rentabiliser des « marques » par des « chargés de contenu ».

Isolés, en contrat précaire, voire en autoentrepreneuriat. D’ailleurs, il est déjà question, révélait le Monde hier, de sous-traiter Biba ou Top Santé à une boîte spécialisée. Plus de rédaction dédiée, donc, seulement des coquilles vides. Dans ce cadre, pour eux, la clause de cession, ce dispositif inventé pour que dans un titre de presse le journaliste n’ait pas à écrire contre ses convictions, en cas de changement de propriétaire, est une bénédiction : elle leur permet de se débarrasser de deux tiers des journalistes.

Le double langage de Mondadori entre salariés et repreneurs

Et cette cession, dans sa forme comme sur le fond, crée pour toute la filière un précédent inquiétant. D’autant qu’elle a eu lieu devant des pouvoirs publics et un ministre, qui n’ont quasiment pas bougé un cil.

Tout a commencé en octobre de l’an dernier, quand Mondadori, dont la famille Berlusconi est l’un des principaux actionnaires, a décidé de se séparer de ses pôles magazines, en France, puis en Italie, pour se recentrer sur son « cœur d’activité », l’édition. Jusque-là, rien d’anormal. Sauf que, pendant que la direction de Mondadori entrait en négociations avec Reworld, elle tenait aux salariés un discours apaisant. Qui n’avait aucune raison de ne pas être entendu, dans la mesure où, comme l’explique Dominique Carlier, du SNJ-CGT, « Mondadori était une entreprise très solide, et même rentable, bien qu’elle souffrît d’un manque d’investissements depuis dix ans ».

Stupeur, donc, des salariés, quand ils apprennent qu’ils sont jetés en pâture aux tontons flingueurs de la presse, à Reworld Media, pour 50 à 80 millions d’euros. Les salariés ont protesté, manifesté, été reçus par le ministre de la Culture, ont même traîné Mondadori devant les tribunaux. La dernière décision de justice date d’ailleurs du 11 juillet : le tribunal administratif de Nanterre demandait aux deux groupes de surseoir à la cession, de plusieurs mois, pour informer les salariés, et parler des conditions de la clause de cession. Mondadori et Reworld se sont carrément assis sur cette décision, puisque les 70 millions de la transaction, dont 50 millions en cash, étaient versés la semaine suivant la décision du tribunal.

Et pourquoi se gêner, d’ailleurs ? À ce jour, Pascal Chevalier et Gautier Normand n’ont toujours pas parlé de leur vision stratégique pour le groupe. Mieux, raconte Dominique Carlier : « Ils ont donné deux mois aux salariés pour se décider pour la clause de cession.

Deux mois à compter du 1er août. Alors que ces questions de durée sont complètement illégales, puisqu’on peut exercer cette clause même longtemps après la cession. » Par exemple, pour les magazines de Lagardère revendus à Kretinsky, la clause a duré un an. « Et elle n’est même pas fermée », reprend Dominique Carlier. Ce qui permet quand même de voir venir. Il s’emporte : « Ces gens sont des apprentis sorciers. Ils ne veulent pas causer avec les représentants syndicaux, en bons startuppers » qu’ils sont. Et ils s’apprêtent donc à remplacer un plan de licenciement par une clause de cession : dans le premier cas, on vire.

Dans le second cas, on est censé remplacer les partants. Or là… ils ont annoncé cinq embauches la semaine dernière. Cinq embauches ! « Sur 194 + 74 départs, c’est peu, pour Vincent Lanier, le secrétaire national du SNJ. Il y a chez eux une volonté de faire table rase. C’est l’ubérisation de la presse qui est en cours. »

L’impact de la mort des titres va se répercuter sur toute la filière

Et le ministère ? Il vaque. Il recevra aujourd’hui les salariés. Une fois le ménage fait. Après s’être lavé les mains de toute cette histoire, « en se basant sur le fait que c’est une cession entre deux groupes privés », explique Vincent Lanier. « Et alors que l’impact de la mort des titres du groupe, parce que c’est bien de cela qu’il est question, risque d’impacter absolument toute la filière, des journalistes aux kiosques en passant par les imprimeries, vu que Reworld est désormais le premier possesseur de magazines du pays. Riester a jeté aux ordures la presse magazine », lâche presque dans un cri Dominique Carlier. L’État donne des aides à la presse et est censé s’occuper des questions de pluralisme. « Cette situation fragilise toute la filière… et il ne fait rien ? »  s’interroge Vincent Lanier. Chut ! La presse meurt, il ne faudrait pas déranger le ministre.

12:36 Publié dans Actualités, Journal, Journaliste, Shopping | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : reworld, presse | |  del.icio.us |  Imprimer | | Digg! Digg |  Facebook | |