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16/09/2013

Pourquoi nos confrères ne voient pas la Fête de l’Humanité ?

Ecole CE3P28Merci à cette immense foule qui, durant trois jours, a fait la Fête de l’Humanité. Merci aux milliers de bénévoles, aux milliers de militants qui se sont dépensés depuis des jours, des mois pour certains, en promotionnant cet événement unique en son genre et en proposant le bon de soutien donnant droit à l’entrée de la Fête.

Bravant la pluie, des centaines de milliers de jeunes, de salariés, de retraités, de privés d’emploi, sont venus partager de grands moments de fraternité, de solidarité, de discussions passionnées, de débats où chacune et chacun s’est enrichi de l’autre.

Cette Fête, à nulle autre pareille, n’est ni un festival, ni un congrès de parti politique. C’est un événement total où s’entremêlent l’attrait de près de quatre-vingt concerts de musique diverses qui parcourent les scènes en différents lieux de la Fête, des débats politiques, le meilleur de la gastronomie française, un village du livre, un village du monde, un espace sports, des stands de la plupart des formations politiques de la gauche, un forum social rassemblant des milliers de syndicalistes.

Il s’y produit des actions qui ne peuvent surgir qu’ici, comme celle des salariés de plusieurs entreprises montant sur scène avec HK et les Saltimbanks pour lancer avec force de puissants et jubilatoires : « On ne lâche rien » ! Cette belle création de Zebda en hommage à Victor Jara ou le lancement de la campagne internationale  pour la libération de Marwan Barghouti.

La Fête a vécu au rythme des discussions autour d’Aragon ou des conversations avec Emmanuel Todd, Thomas Piketty, Paul Quilès, Bernadette Ségol, la présidente de la confédération européenne des syndicats, des personnalités tunisiennes, égyptiennes, Lilian Thuram, Jean Rouault ou Didier Daeninckx, Gérard Filoche, Emmanuel Maurel, Marie-Noelle Lienneman, Yannick Jadot, Lionel Trouillot, Catherine Dolto, Les Pinçon-Charlot, Bernard Chambaz, Jean-Luc Mélenchon, Pierre Juquin, Aurélie Trouvé, André Chassaigne, Marie-George Buffet, Edwy Plenel, Ernest Pignon Ernest,  et biens d’autres, tant d’autres encore.

La pensée de Jean Jaurès a été défrichée dans une université populaire, dans des débats, dans des interprétations de Jean-Claude Drouot ou encore des jeunes du cours Florent, qui déclament les paroles du dirigeant socialiste dans les allées.

Une incroyable prestation de Jamel Debbouze réunissant plus de 60 000 personnes, le dimanche après-midi.

Et on pourrait encore et encore allonger cette description.

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Mais nos chers confrères de la radio et télévision n’ont rien vu, rien entendu de tout cela ! Pourquoi ? Ils n’ont même pas vu Florence Aubenas, venue avec la mère d’un otage en Syrie, s’adresser à plus de 40 000 personnes. Pourquoi ? Ils ont décidé de ne faire de la Fête qu’un lieu où on parlait de bisbilles à propos des prochaines municipales. Pourquoi ? Ils n’ont entendu aucun des multiples messages pour la paix en Syrie ou pour une autre réforme des retraites, pour un autre budget, lancé par Pierre Laurent, Jean-Luc Mélenchon, Clémentine Autain, Christian Piquet et Gérard Filoche.

Qui donne de tels ordres ? Cela sert-il notre métier de journaliste ? Evidemment non !

Pourquoi ce silence et ces déformations, au moment même où l’extrême-droite était promotionnée comme jamais ?

Je me permets d’interpeller nos confrères et surtout les directions de rédaction. Comment peut-on justifier ces déséquilibres dans le traitement de deux événements au bénéfice de l’extrême-droite ?

Et pourquoi ne donner que cette image biaisée de la Fête de l’Humanité ?

Dans l’intérêt de toutes et tous, le débat est souhaitable.

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Sincères remerciements aux jeunes photographes de l’école CE3P

Par Patrick Le Hyaric, directeur de l'Humanité

La revue de presse de la Fête de l’Humanité:

Pierre Laurent sur France Inter (Son):  http://www.franceinter.fr/player/reecouter?play=718808

Il était aussi l’invité de France info (Vidéo): http://www.dailymotion.com/video/x14qemn_si-des-alliances-locales-sont-possibles-avec-le-ps-pourquoi-pas_news?start=8

Son discours lors de la réception à la Fête de l’Humanité (Vidéo):

http://www.dailymotion.com/video/x14pd70_fete-de-l-humanite-2013-discours-de-pierre-laurent-aux-personnalites_news#.UjXkOjrdAq4.email

Patrick Le Hyaric était l’invité du Soir 3: http://www.dailymotion.com/video/x14r1hr_patrick-le-hyaric-invite-du-soir-3_news?search_algo=2

Le discours de Jean-Luc Mélenchon à la Fête (Vidéo): http://video-streaming.orange.fr/actu-politique/jean-luc-melenchon-huma-2013_16645384.html

Le Front de Gauche est un bien commun qui dépasse le PCF et le PG: Clémentine Autin (Vidéo): http://www.humanite.fr/politique/clementine-autain-le-front-de-gauche-est-un-bien-c-548878

Marie-Noël Lienemann sur la Fête de l’Humanité (Vidéo): http://www.youtube.com/watch?v=vpjuXtpPvFc&feature=youtu.be

Retrouver le volontarisme à gauche: Jean-Vincent Placé (Vidéo): http://www.humanite.fr/politique/jean-vincent-place-retro...

Jean-Marc Germain, député PS, partage la démarche de Pierre Laurent (Vidéo): http://www.youtube.com/watch?v=l5KgFlPPD0k&sns=em

A Paris, Anne Hidalgo prête à s’engager sur 30% de HLM: http://www.lejdd.fr/Politique/Depeches/Paris-Hidalgo-prete-a-s-engager-sur-30-de-HLM-628840

La transition énergétique en débat sur la Fête (Vidéo): http://www.humanite.fr/environnement/la-transition-energe...

La France doit clarifier sa position: Paul Quilès (Vidéo): http://www.humanite.fr/monde/syrie-la-france-doit-clarifier-sa-position-selon-p-548892

Une vaste campagne pour la libération des prisonniers palestiniens (Vidéo): http://www.humanite.fr/monde/une-vaste-campagne-pour-la-liberation-des-prisonni-548866

L’hommage de Daniel Mesguich à Henri Alleg (Vidéo): http://www.humanite.fr/monde/daniel-mesguich-rend-hommage-henri-alleg-548877

L’hommage de Zebda à Victor Jara (Vidéo): http://www.humanite.fr/culture/l-hommage-de-zebda-victor-jara-548881

Quand j’entre en scène, c’est comme si j’avais la permission de tout: M (Vidéo): http://www.humanite.fr/culture/m-quand-j-entre-en-scene-c-est-comme-si-j-avais-la-548618

L’orchestre symphonique Divertimiento (Diaporama): http://www.humanite.fr/culture/avec-divertimento-la-musiq...

Il faut avoir une pensée libre: Lilian Thuram (Vidéo): http://www.humanite.fr/societe/lilian-thuram-l-agora-il-faut-avoir-une-pensee-lib-548783

J’ai été membre actif de la Fête de l’Humanité: Jamel Debbouze: http://www.humanite.fr/culture/jamel-debbouze-jai-ete-membre-actif-de-la-fete-de-548778

Rencontre avec Jean-Claude Carrière dans l’Hérault (avec un hommage à Albert Jacquard): http://www.franceinter.fr/player/reecouter?play=718458

10/09/2013

C’est parti : le JT de France 2 prépare une nouvelle réforme des retraites

puj2.jpgpar Blaise Magnin, Frédéric Panne, pour Acrimed le 7 juin 2013

Le JT de 20 heures de France 2 du 4 juin 2013 (que l’on peut voir ici consacre deux minutes (de 14’15 à 16’23) au rapport de la commission chargée d’examiner plusieurs hypothèses sur la nouvelle réforme des retraites. Deux minutes d’informations tronquées et faussées.

« L’actualité en France, c’est d’abord, je vous le disais, les premières pistes de la réforme des retraites. La commission chargée d’établir un rapport vient de rendre ses conclusions. Elle évoque de nombreuses possibilités : revenir sur les avantages fiscaux des retraités, augmenter, soit l’âge de départ, soit la durée de cotisation, augmenter aussi les charges patronales, bref, il y en a pour tout le monde. Mais ce qui retient le plus l’attention c’est ce qui concerne l’harmonisation des régimes. La commission suggère de modifier les règles de calcul pour les fonctionnaires. »

« Ce qui retient l’attention ». Mais de qui au juste et pourquoi ? Peu importe : l’attention est focalisée sur la sempiternelle « question » des régimes de retraite des fonctionnaires. Et en quoi est-elle de nature à justifier que le JT s’y intéresse tout particulièrement – plutôt qu’à celle des cotisations patronales, par exemple ? David Pujadas s’abstiendra d’en dire plus, mais le reportage qui suit, réalisé par « Margaux Manière, Didier Dahan, avec notre bureau à Poitiers », permettra peut-être d’y voir plus clair…

Sur fond d’images de fonctionnaires au travail, la journaliste commente, ou plutôt pronostique : « Instituteurs, infirmiers ou encore employés de mairie, leur pension de retraite pourrait baisser. Aujourd’hui le mode de calcul des retraites du public est plus favorable que celui des salariés du privé ; la commission Moreau qui rendra son rapport au gouvernement la semaine prochaine propose de rapprocher les deux systèmes. Une piste qui fait bondir les fonctionnaires... »

Manifestement, la journaliste considère qu’il est inutile de préciser que par « rapprocher les deux systèmes », il ne faut pas entendre aligner les retraites du privé sur celles, dont le mode de calcul serait plus avantageux, du public… Cela va de soi !

La suite du reportage, sans doute censée illustrer à quel point l’idée fait « bondir les fonctionnaires  », propose l’interview d’une femme…

Au téléspectateur de deviner non seulement qui elle est – ni le commentaire, ni aucune incrustation ne l’indiquent – mais aussi quelle question lui est posée – laquelle a été coupée au montage. Et si cette femme, qui est probablement fonctionnaire, retraitée ou non, ne semble pas « bondir », elle est effectivement opposée – quelle surprise – à une baisse éventuelle de sa (future ?) pension : « C’est perdre nos acquis, quelque part, parce que si nous, c’était calculé sur les 6 derniers mois… Il y a beaucoup de prise d’échelon en fin de carrière. C’est quand même plus intéressant.  »

Avec l’infographie qui suit, que redouble le commentaire, la journaliste choisit de présenter les conséquences d’une telle réforme pour « un fonctionnaire » virtuel qui s’avère quelque peu atypique…

« Aujourd’hui, les pensions sont calculées sur les derniers mois de la vie professionnelle. Ainsi un fonctionnaire qui gagne en fin de carrière 4000 euros par mois, touche aujourd’hui 3000 euros de retraite. Mais si la piste évoquée par le rapport était suivie, une période plus longue serait prise en compte, par exemple les 10 dernières années. Et sur cette période, le fonctionnaire n’a pas gagné 4000 euros en moyenne mais seulement 3500. Résultat sa retraite ne s’élèverait plus qu’à 2625 euros, 11 % de moins qu’aujourd’hui. »

On reste perplexe devant cette simulation : en 2009, selon l’INSEE, le revenu moyen des fonctionnaires était d’un peu moins de 2400 euros… Alors qui sont ces fonctionnaires qui finissent leurs carrières à 4000 euros par mois ? Existent-ils ? Combien sont-ils ? De quoi parle-t-on ? Salaire net ou salaire brut ? Celui ou celle qui aurait voulu suggérer que les fonctionnaires sont des nantis ne s’y serait pas pris autrement…

Le reportage enchaîne avec quelques mots d’Éric Aubin, présenté comme le responsable chargé des retraites à la CGT. Là encore, on ne sait quelle question lui a été posée…

« C’est une mesure pour rien. Qui avait fait l’objet d’un débat en 2010 avec Éric Woerth qui avait, à l’époque, abandonné cette mesure parce qu’elle ne sert à rien et elle va crisper, effectivement, les salariés notamment du public. » Des propos si brefs et allusifs, qu’on ne pourra en retenir que son opposition à la mesure. Il aurait par exemple pu être intéressant de savoir pourquoi ce bon connaisseur du dossier affirme à deux reprises que ce serait « une mesure pour rien »... Mais ce n’est pas dans le JT France 2 que le téléspectateur l’apprendra.

En revanche, ledit téléspectateur se voit apporter une nouvelle preuve des privilèges inouïs dont bénéficient les fonctionnaires, avec une nouvelle statistique dont on ne saura pas d’où elle sort, ni ce qui pourrait l’expliquer.

« Aujourd’hui dans le privé la retraite est calculée sur les 25 dernières années. Et elle est moins élevée en moyenne : 1216 € contre 1724 pour le public. » On appréciera le souci de cohérence de la journaliste qui choisit de réfléchir sur une pension de 3000 euros quelques secondes avant d’annoncer qu’elles s’élèvent en moyenne à un peu plus de 1700 euros dans la fonction publique… Quant à savoir si, par exemple, des différences de qualification, et donc de rémunération, entre salariés des secteurs public et privé, ne pourraient pas contribuer à expliquer de tels écarts, ce serait trop demander…

puj1.jpgEt la journaliste de préciser que « ce soir, Matignon évoque de simples pistes. Les discussions sur les retraites commenceront réellement le 20 juin. » En plateau, David Pujadas conclut même avec un quasi scoop : « Précision importante il y a quelques minutes. L’entourage de François Hollande a confirmé que le calcul des retraites des fonctionnaires fera bien partie du débat. »

Si la qualité de l’information, dans ce « sujet », fut d’une nullité affligeante, l’équipe de David Pujadas pourra au moins se féliciter d’avoir accompli son travail de « pédagogie »… en esquissant les conclusions de discussions qui n’ont pas commencé.

Frédéric Panne et Blaise Magnin

04/09/2013

Une photo de Hollande censurée !

hollanderire.jpgL'image du président que vous ne deviez pas voir... Chaque jour, le meilleur (et le pire) du web.

"L'effet Streisand" est un phénomène internet qui "se manifeste par l'augmentation considérable de la diffusion d'informations ou de documents par le simple fait d'avoir été l'objet d'une tentative de retrait ou de censure", selon Wikipedia. Dernière personnalité en date à en subir les effets, le président François Hollande. Et il n'est même pas à l'origine de la tentative de censure.

Tout a commencé quand une grande agence de presse a décidé de retirer de ses serveurs une photo du président lors de sa visite dans une école primaire à Denain, dans le Nord. Ses clients, la plupart des médias français et internationaux, voient alors apparaître l'image barrée d'une grande croix rouge, et affublée de la mention "Mandatory kill" (destruction obligatoire). Dans la légende, l'agence de presse se justifie: "cette image a été retirée pour des raisons éditoriales. Merci de la retirer de tous vos systèmes. Nous nous excusons pour la gêne occasionnée et vous remercions pour votre coopération".

Il n'en fallait pas plus pour que le web français s'empare de l'histoire et assure à la photographie une audience énorme. Beaucoup de sites d'information en ligne ont repris l'information et ont publié l'image. Cette dernière a également été reprise en masse sur les réseaux sociaux, notamment sur Twitter et sur Facebook.

Si l'agence de presse en question assure que la photo a été retirée pour des raisons éditoriales, on ne peut s'empêcher de se poser des questions. Sur l'image, le président arbore un grand sourire peu flatteur et des yeux exorbités. Sur le tableau noir derrière lui, la phrase "Aujourd'hui c'est la rentrée" apparaît dans une écriture très scolaire.

En 2003, Barbara Streisand avait été la première à subir les effets dévastateurs d'une tentative de censure. Elle avait poursuivi en justice l'auteur d'une photographie du littoral californien sur laquelle apparaissait son domaine privé pour empêcher sa propagation. Sur internet, à la publication de la procédure, l'image avait été massivement partagée par des centaines de milliers d'internautes alors qu'elle serait restée totalement ignorée sans cela. Depuis, les exemples se sont multipliés. (Romain Zamora/Sipa Media)

Article publié par Orange

12:30 Publié dans Actualités, Journal, Photos | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : censure, photo, média | |  del.icio.us |  Imprimer | | Digg! Digg |  Facebook | |

01/09/2013

MADAME LA DIRECTRICE DU "MONDE", VOILÀ POURQUOI VOTRE EDITORIAL M'A SCANDALISE

Syrie : JEAN-FRANÇOIS KAHN A LA DIRECTRICE DU "MONDE".

Les directeurs de journal ne devraient jamais prendre le risque de commettre des articles qui seraient refusés si un rédacteur de base les avait écrits.
 
Ainsi l'éditorial en une signé, l’autre lundi, par la directrice du Monde, Natalie Nougayrède, s'aligne, certes, sur les positions de Bernard-Henri Lévy mais pas, hélas, sur son style.
 
 Que claironne cette excellente personne dans cet article interminable (un édito se devrait, pourtant, d’être court) ? Qu’il faut absolument intervenir militairement en Syrie, même sans aval des Nations unies, ce qui fut, rappelons-le, le cas quand la coalition bushiste envahit l’Irak.
 
A l'évidence, l'avis contraire ne lui inspire aucun respect (elle a d’ailleurs refusé tout débat, c’est plus simple) puisqu’elle l’assimile à une complicité « avec les assassins (pourquoi pas une « complicité objective », comme au bon vieux temps !).
 
Ainsi le pape, qui condamne toute intervention, est complice. Ne rendons pas la pareille à Mme la Directrice. La prise en compte démocratique des arguments de l’autre nous l’interdit. Donc, on ne saurait a prioridiaboliser la position interventionniste.
 
Nous devons admettre qu’elle est bien intentionnée. Et peut-être même juste. A cette condition, cependant : Natalie Nougayrède assumera-t-elle les éventuelles conséquences de ses recommandations ?
 
Car, enfin, nous traînons derrière nous un sacré arriéré de folies passées ensuite par profits et. pertes. Ça a mal tourné ? On n’y est pour rien !
 
irakterr.JPGLa catastrophe cataclysmique irakienne ? Aucun regret, aucune autocritique. Les retombées maléfiques de l’aventure libyenne ? BHL est prêt à remettre ça. L’évacuation lamentable de l’Afghanistan à feu et à sang, Al-Qaida confortée ? De l’histoire ancienne Par pitié, ne nous répétez pas, comme ce juge de l'affaire Dreyfus : « Ces questions ne seront pas posées.
 
Quelles questions ? Celles-là : si une intervention fait sauter le chaudron syrien ; si les jihadistes radicaux en profitent pour envahir l'espace ainsi dégagé et régler leurs comptes à leur façon ; si on assiste à un massacre généralisé des alaouites, des chrétiens, des laïcs et des Kurdes ; si Al-Qaida, comme elle l'a annoncé, se joint à l’offensive occidentale ; si cette horreur provoquait un sauve-qui-peut de millions de civils, comme aujourd'hui de ces Kurdes que les islamistes radicaux égorgent ; si un affrontement général entre sunnites et chiites embrasait la région et faisait voler le Liban en éclats...
 
Dans ce cas, madame la Directrice, assumerez-vous ? Ou vous en laverez-vous les mains Une chute de Bachar al-Assad, de l'affreux Bachar al-Assad, nous sommes prêts à en fêter l'annonce avec vous. Champagne !
Mais vous fêteriez-vous, tout autant le succès des Saoudiens et des Qataris, à qui on ne refuse plus rien quoique leur régime soit aussi totalitaire que le syrien et plus rétrograde : l'éradication régionale de toute alternative démocratique et laïque.
 
A l'inverse, si ce que vous recommandez permet de pacifier la région, apporte le bonheur aux Syriens et conforte les idées de démocratie et de laïcité, je vous jure que je vous rendrai hommage. Que je ne cesserai de vous rendre hommage. Une chance de vous convaincre ? Aucune.
 
Voilà, en effet, ce que vous écrivez : L'emploi d’armes chimiques à grande échelle par le régime syrien le 21 août ne fait aucun doute » et, plus loin, «Nul ne-doute que si, sur place, les inspecteurs de L’ONU ne trouvent pas de preuves, c’est que le régime syrien s'est employé à les détruire ». Aucun doute !
 
Nul ne doute ! Dans le Monde ! Notre modèle, l’incitation permanente, et cartésienne, à conforter nos opinions par le doute. Que se passe-t-il ? Aucun doute ? Bachar al-Assad est absolument capable d'un tel forfait. Quand ? Au moment, juste au moment, où les inspecteurs de l'ONU arrivent à Damas, et cela à 10 km de la capitale syrienne ? Aucun doute ? Admettons...
 
Quand des obus sont tombés sur l’université d’Alep, faisant 70 victimes parmi les étudiants, cela ne faisait aucun doute, y compris pour le Monde, qu’il s’agissait d’un crime de plus des séides de Bachar. Mais, en l’occurrence, c’était les rebelles. Peut-être non volontairement.
 
 Le journaliste français tué par un sniper ? Victime de la soldatesque du régime : aucun doute ! Mais c’était les rebelles. Par inadvertance.
 
Dans les années 50, l’Humanité, le journal- nous décrivait une guerre de Corée manichéenne, en noir et blanc, les anges face aux démons, et seuls les démons, ces salauds d’Américains, pouvaient utiliser des armes bactériologiques.
 
Mais le Monde ? Notre boussole ? Les armes de destruction massive de Saddam Hussein ? Aucun doute ! Timisoara ? Aucun doute ! Les horreurs qu’une officine mise sur pied par Tony Blair inventa pendant la guerre des Balkans (la presse anglaise, elle, s’en est excusée) : aucun doute !
 
D’ailleurs, rappelez-vous, madame Nougayrède... Que le président géorgien. Mikheil Saakachvili, fut un démocrate libéral exemplaire, cela non plus ne faisait aucun doute.
 
 Eh bien, moi, je doute. Je doute beaucoup. Et je considère « l’enquête » comme une façon d’affronter et de transcender ce doute. D’ailleurs, si je ne doutais pas - je serais alors un militant -, je me serais abstenu de donner dans le journalisme.