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20/05/2011

Vie privée, vie publique et omerta

IMG00317-20110504-2108.jpgPar Patrick Apel-Muller

Analyse

Le New York Times vient de faire la leçon aux journalistes français, qui appliqueraient « un code du silence ». Savoureux de la part d’un journal qui a accompagné sans une question les mensonges de Colin Powell à la tribune de l’ONU, brandissant une fiole remplie d’une arme de destruction massive imaginaire, pour justifier la guerre en Irak. Ce serait dérisoire si, dans notre pays, une partie de la presse ne se saisissait pas de l’affaire DSK pour proclamer l’abolition du respect de la vie privée. L’Humanité ne les accompagnera pas sur cette pente, qui a aussi conduit un certain nombre de titres – Le Monde, Le Parisien, la Tribune, France Soir… – à publier les photos de Dominique Strauss-Kahn menotté, au mépris de la loi.

« Nous savions et nous n’avons rien dit… » prétendent certains confrères. S’ils étaient au courant de crimes ou de délits, d’un véritable harcèlement, qu’ils n’ont pas dénoncé, ils sont complices et s’exposent aux foudres de la loi. Il fallait témoigner, parler et enquêter pour apporter des preuves sans quoi le sujet est une rumeur ou un racontar.

Les abus de pouvoir – sexuels notamment – sont bien réels dans l’entreprise ou la cité. Et ils ne suscitent pas les indignations à la hauteur des souffrances qu’ils génèrent. Espérons que l’affaire Strauss-Kahn – quelles qu’en soient les suites – libérera la parole, des femmes notamment. En revanche, la vie privée des hommes politiques, comme celle de n’importe quel citoyen (ou de n’importe quel journaliste…), ne nous regarde pas.

Certains inquisiteurs d’alcôve voudraient voir évoluer l’information en France vers les standards des tabloïds anglais ou de la presse américaine qui juge la qualité des programmes au nombre de divorces de leurs auteurs et à la nature de leur vie sexuelle. Ce sont 
les mêmes qui rabaissent le débat politique à la couleur des langes commandés à l’Élysée…

La connivence entre des journalistes et les puissants de la société existe. Certains fréquentent les mêmes restaurants, les mêmes banquiers et les mêmes cercles. Et ils répètent souvent le même discours qui vise à pérenniser un ordre social qui les sert si bien. L’information est toujours à libérer des liens de l’argent et des cercles dirigeants.

Les journalistes de l’Humanité ne figurent pas dans 
ces apartés mondains et ces confidences de dîner 
qui réunissent la « short list » (liste réduite) des abonnés des plateaux télévisés. C’est une liberté qui a son revers de pauvreté. Et de dignité.

Patrick Apel-Muller, directeur de la publication de l'Humanité

13:58 Publié dans Eclairage, Manipulation, Réflexions | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : dsk, journalisme, médias | |  del.icio.us |  Imprimer | | Digg! Digg |  Facebook | |