08/06/2026
Affaire Fedorova. Combattre le nouveau maccarthysme
Par Paul Moullec pour Liberté Actus
ll y a quelques semaines, nous alertions sur une dérive inquiétante : l’Union européenne, avec le soutien actif de la France, avait sanctionné administrativement douze personnes : chercheurs, journalistes, analystes… non pour des infractions pénales, mais pour leurs opinions sur la guerre en Ukraine. Aucun procès, aucun débat contradictoire, un paragraphe de dix lignes rédigé par un fonctionnaire de la Commission et le gel des avoirs ou l’interdiction d’entrée dans l’UE. Un nouveau maccarthysme, écrivions-nous alors. Les jours qui viennent de s’écouler nous donnent tragiquement raison.
Depuis quelques jours, le chef de l’État, le ministre des affaires étrangères Barrot, les éditorialistes aux ordres et les petits soldats de la « réserve diplomatique citoyenne », ce dispositif du Quai d’Orsay qui mobilise des volontaires pour porter sur les réseaux sociaux les éléments de langage officiels, se sont ligués pour lyncher médiatiquement Xenia Fedorova. Son tort : avoir dirigé RT France, désormais interdit, et continuer à s’exprimer publiquement en contrevenant au narratif officiel sur l’Ukraine et en développant un point de vue proche de celui des autorités russes sur les causes profondes de la guerre. Des eurodéputées macronistes comme Hayer et Loiseau réclament qu’elle soit sanctionnée par l’UE, voire expulsée. La meute aboie, Glucksmann et Plenel en tête.
Cette séquence délirante s’inscrit dans un contexte ambiant d’hystérie anti-russe : escalade verbale du chef de l’État et des membres du gouvernement contre Moscou, mise en scène de l’arraisonnement de la flotte dite fantôme, incidents de drones en Roumanie et dans les pays baltes exploités jusqu’à l’os pour entretenir une atmosphère de quasi-belligérance. Le tout baignant dans une xénophobie décomplexée qui ne dit pas son nom.
Pendant ce temps, l’ambassadeur d’Israël a son rond de serviette permanent sur les plateaux, sans contradicteurs, pour y dérouler ses éléments de langage sur Gaza. Une troupe d’influenceurs ukrainiens guide désormais une part du narratif médiatique français sur le conflit, sans que personne ne s’en émeuve. On ne leur demande pas leurs accréditations, on ne réclame pas leur expulsion, on ne saisit pas leurs avoirs. La propagande est admissible quand elle est la bonne.
Si la Russie tient des listes d’agents de l’étranger, l’UE et la France, elles, réactivent les lettres de cachet : une décision exécutive, sans juge, sans procès, sans recours réel, pour punir des opinions. La séparation des pouvoirs bafouée par une bureaucratie en roue libre, couverte par des gouvernements qui prétendent défendre la liberté d’expression et le pluralisme. Les nouveaux pharisiens.
Certains se consoleront en se disant que Fedorova s’exprime sur la chaîne de Bolloré, et que ce n’est pas exactement notre famille politique. C’est précisément le piège. Ce qui se construit là, pierre par pierre, c’est un arsenal répressif qui ne s’arrêtera pas aux Russes et aux « pro-Poutine ». Les idées communistes, pacifistes, anti-impérialistes sont dans le collimateur de nombreux responsables européens depuis longtemps. Quand le mécanisme sera bien rodé, ils s’en serviront. Se taire aujourd’hui parce que la cible ne nous est pas sympathique, c’est collaborer à la construction du bâillon qu’on nous mettra demain.
12:46 Publié dans Actualités, Informations, Journaliste, Télévision | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : censure, russie, fedorova |
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07/02/2026
Désinformation climatique : CNews, Sud Radio, RMC et Europe 1 sur le podium
11:30 Publié dans Actualités, Journal, Journaliste, Manipulation, Télévision | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : écologie, environnement |
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26/11/2025
La gauche durant la nuit, l’extrême droite durant la journée : Reporters sans frontières étrille CNews et son manque de pluralité
17:33 Publié dans Actualités, Eclairage, Manipulation, Télévision | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cnews, mainpulation, télévision |
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08/07/2024
44 % des téléspectateurs du JT de TF1 ont voté RN : comment les chaînes influencent le vote
Plusieurs études et chercheurs confirment que chaque JT a son public et que, dans les moments de grande tension politique, telle la campagne des législatives anticipées, certains médias « se mettent à défendre plus ouvertement les intérêts de leurs patrons ».
La chaîne de référence d’un citoyen dit-elle quelque chose de son positionnement idéologique ? Participe-t-elle à conforter son vote ? C’est ce qu’affirme une étude Ifop commandée par Marianne au lendemain des élections européennes. Près de 44 % des téléspectateurs du 20 heures de TF1 interrogés affirment ainsi avoir voté pour la liste du RN, contre 7 % pour celle du Parti socialiste ou 6 % pour celle de la France insoumise.
Les rédactions se sont retrouvées sur le pied de guerre à la suite de la dissolution surprise de l’Assemblée nationale, le 9 juin. Des journalistes n’ont pas hésité à outrepasser le métier pour influer sur les scrutins. « Cette campagne des législatives s’est présentée comme un récit feuilletonnant », explique Céline Ségur, enseignante-chercheuse au Centre de recherche sur les médiations à l’université de Lorraine.
« C’était un gros bazar, le débat s’est exacerbé avec des mensonges proférés à l’antenne », pointe Pierre Mouchel, délégué syndical central CGT à France Télévisions. Une situation dans laquelle les chaînes se sont repliées sur des publics déjà acquis, en confortant leur positionnement politique.
« Complaisance pour l’ex-majorité présidentielle »
De quoi pousser des salariés à une remise en question : « Nous sommes tous en pleine introspection et un regard critique est plus que sain », mesure auprès de l’Humanité un journaliste de TF1 souhaitant conserver l’anonymat. Aux européennes, les habitués du JT de France 2 ont, quant à eux, voté en majorité pour la liste conduite par Raphaël Glucksmann (Place publique et PS, 26 %) et en faveur de celle menée par Valérie Hayer (Renaissance, 23 %).
Ce qui n’a pas manqué de faire réagir dans les rédactions lors des législatives anticipées : « Nous trouvions qu’il pouvait y avoir une complaisance pour l’ex-majorité présidentielle par rapport au Nouveau Front populaire, notamment au travers du traitement de Nathalie Saint-Cricq », rapporte Pierre Mouchel, qui temporise cependant les résultats de l’étude. « Les chaînes ont des sociologies de téléspectateurs très différentes. Il faut faire attention aux biais d’interprétation », souligne-t-il.
L’enjeu est pourtant fondamental : le traitement médiatique d’une campagne est devenu indissociable de la campagne elle-même. Les législatives anticipées ont d’ailleurs généré, du 9 au 21 juin, un « bruit médiatique proche de celui qu’avait provoqué la campagne présidentielle en cinq semaines en 2022 », démontre une étude de la Fondation Jean-Jaurès publiée le 26 juin.
L’institut fait état – télévision et radio compris – de 16 124 contenus (reportages, interviews, débats) consacrés aux législatives sur cette période. Soit, pour les deux journaux télévisés les plus suivis que sont le 20 heures de TF1 et celui de France 2, respectivement cinq et sept sujets quotidiens en moyenne.
Bardella et Ciotti ont été les deux représentants politiques les plus mentionnés
Le tumulte qui s’est créé autour de l’union entre la ligne Ciotti des « Républicains » et le Rassemblement national (RN) a notamment occupé une grande place. Poussés par plusieurs chaînes, comme celles du groupe Bolloré, Jordan Bardella et Éric Ciotti ont été les deux représentants politiques les plus mentionnés (respectivement 1 005 et 844 fois) dans les médias, juste derrière Emmanuel Macron (2 014 fois).
La personnalité de gauche la plus mentionnée, Jean-Luc Mélenchon, n’arrive, quant à elle, qu’en sixième place, malgré une cabale orchestrée contre le Nouveau Front populaire.
Au-delà de ce déséquilibre, « il y a une séparation des publics en fonction des choix de vote, estime Céline Ségur. Traditionnellement, les titres de presse ont des lignes éditoriales assez marquées, ce qui est moins le cas pour la télévision, car la plupart des chaînes ne diffusent pas uniquement de l’information ».
Dominique Pinsolle, historien à l’université de Bordeaux Montaigne et plume régulière du Monde diplomatique, y décèle, lui, une réalité structurelle : « Chaque fois qu’il y a un moment de tension politique dans l’histoire contemporaine, les médias se mettent à défendre plus ouvertement les intérêts de leurs patrons. » L’auteur de À bas la presse bourgeoise ! (éditions Agone) ajoute : « Les grands médias ont des biais politiques sur n’importe quel sujet. Ils n’apparaissent juste pas systématiquement au grand jour. »
La dernière séquence politique fait figure d’exception. « L’annonce de la volonté du RN de privatiser France Télévisions a forcément eu un impact sur les rédactions, estime Pierre Mouchel. On a vu la chute en Bourse de TF1. »
La suite des événements se révélera déterminante pour le secteur télévisuel, alors que le Nouveau Front populaire est sorti en tête du second tour des législatives, que le groupe Bolloré (CNews, C8, Canal Plus) amplifie sa propagande d’extrême droite et que, parallèlement, l’Arcom auditionne depuis lundi les candidats à l’un des quinze canaux de la TNT.
18:54 Publié dans Actualités, Informations, Télévision | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : télévision, bardella |
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