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11/10/2014

Les affiches d'une chaîne russe interdites à Londres

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Une campagne de la chaîne russe Russia Today a été interdite dans la capitale britannique. Ses affiches pointaient le bilan de la guerre en Irak, accompagné du message : voilà ce qui arrive quand les médias disent tous la même chose.

 russie-bush.jpgDeux des affiches de la campagne "Question more" de Russia Today.
Un portrait de George W. Bush ou de Tony Blair s'écriant : "Les armes de destruction massive seront prêtes dans 45 minutes", et un slogan percutant : "Guerre d'Irak : 141 802 victimes civiles. Voilà ce qui arrive quand il n'y a pas d'opinion alternative." C'est le message que portaient les affiches de la campagne "Question more" ("Posez plus de questions"), placardées dans les rues de Londres.

Lancée par la chaîne de télévision russe internationale Russia Today, la campagne a été interdite par les responsables des sociétés d'affichage publicitaire de la ville, rapporte le site d'informations russe Vzgliad. Selon eux, les affiches véhiculaient un "message politique" incompatible avec leur règlement.

Plusieurs points de vue

"Notre campagne de communication invite justement à s'interroger sur ce point", explique la directrice de Russia Today, Margarita Simonian. "Comment se seraient déroulés les événements si, dans les médias internationaux, pouvaient s'exprimer différents points de vue ? On ne peut que déplorer que certaines personnes ne veuillent pas que ces questions soient seulement soulevées."

La chaîne russe n'a pas désarmé et les Londoniens peuvent donc désormais tomber sur des affiches dépourvues de tout portrait, mais portant  la mention : "[redacted]", littéralement "contenu modifié". Allusion subtile à la façon dont les grands journaux américains avaient diffusé les notes de WikiLeaks, avec des coupures indiquées entre crochets. L'affiche invite également les citoyens britanniques curieux à retrouver l'affiche censurée sur l'application de Russia Today.

Opération de com' ?


Une campagne similaire a eu lieu à New York et à Washington au mois d'août, avec les portraits de George Bush et Colin Powell accompagnés de "leurs déclarations mensongères" sur la guerre d'Irak, poursuit Vzgliad.  Elle n'a pas subi de censure, mais les grands titres américains ont réagi. Le Huffington Post l'a par exemple qualifiée de "provocatrice" à l'égard des médias américains.

Pour le site américain Vocativ, cette affaire de "censure" londonienne dénoncée par Russia Today ressemble à une "opération de communication finement déguisée".

18:57 Publié dans Actualités, Manipulation, Télévision | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : russie, russia today, londres, censure, bush | |  del.icio.us |  Imprimer | | Digg! Digg |  Facebook | |

29/09/2014

Ravier et Rachline entrent au Sénat : comment les médias ont fait la promo du FN

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Le Sénat a basculé de gauche à droite, mais ce sont les deux élus Front national, Stéphane Ravier à Marseille et David Rachline dans le Var qui ont raflé la mise : radios et télés d’infos leur ont offert une banalisation sur tapis rouge. Mais pour notre chroniqueur Olivier Picard, cette arrivée "historique" du FN au Sénat n'est pas anecdotique.

Au terme de ce palpitant dimanche de sénatoriales, il n’est pas sûr que les Français sachent mieux définir à quoi sert vraiment le Sénat. Mais ils savent parfaitement que cette "haute assemblée", si lointaine, dont on a montré à satiété les magnifiques plafonds dorés et les lustres éclatants, comprend désormais deux membres du Front national.

La deuxième chambre du Parlement a basculé de gauche à droite, mais la petite musique télévisuelle de la soirée électorale n’a célébré que deux vrais vainqueurs : le maire FN de Fréjus, David Rachline et le maire du 7e secteur de Marseille, Stéphane Ravier.

L'entrée du FN n'est pas anecdotique

Ces deux-là, impossible de les rater. N’étaient-ils pas les noms et les visages d’une "percée", d’une "entrée fracassante", d’une "poussée historique" du parti d’extrême-droite, à en croire les titres des chaînes et des radios d’info ? Certains commentateurs n’ont même pas pris la peine de nuancer cette terminologie pompière sans même s’apercevoir qu’elle aurait pu être décalquée sur les déclarations de triomphe de Marine Le Pen.

Il ne s’agit pas de minimiser ou d’occulter le bon résultat des deux élus frontistes : le nombre de leurs voix a été bien supérieur à la comptabilité de leur électorat propre et il semble assez évident que dans le Var comme dans les Bouches-du-Rhône, ils sont parvenus à récupérer les suffrages de maires divers droite revenus de tout et saisis par le frisson d’essayer du neuf.

Même si elles ont été acquises dans deux départements où le FN dispose depuis plus de 25 ans d’une implantation et d’une influence fortes, ces victoires sont donc loin d’être anecdotiques, et loin d’être simplement "mécaniques". Il fallait évidemment parler de cette peu rassurante banalisation.

La fascination morbide des médias pour le FN

C’est la facilité avec laquelle les journalistes ont intégré les frontistes dans leurs schémas et autres commentaires passe-partout, qui pose problème. Une fois de plus, malgré quelques belles tentatives pour "ne pas donner plus d’importance que ça" à l’élection de deux sénateurs pas comme les autres sur 348 que compte le Sénat (Sonia Mabrouk sur Europe 1), les médias ont une fois de plus cédé à la fascination morbide pour l’inexorable progression du Front.

Toujours fans d’intensité, ils ont placé cet "événement" au cœur des vibrations de la journée. Très sollicité, Stéphane Ravier a ainsi eu tout le loisir de montrer à la France entière combien il était respectable et bien comme il faut.

Quant à David Rachline, on a répété à l’envi son "jeune âge" – "seulement 26 ans" – (et tant pis s’il en fait quinze de plus) comme une performance. Tapis rouge pour "le benjamin" de la vénérable assemblée. Il ne restait plus à Marine Le Pen de rappeler qu’il y apporterait "un vent de fraîcheur"…

Des élus traités avec indulgence

Aucune question un peu gênante, un peu "urticante" pour reprendre un adjectif très frais de Le Pen-père, n’a été posée à l’un comme à l’autre sur la considération très limitée qu’ils portaient jusque-là aux vertus de la démocratie représentative. Eux avaient l’air ravis à l’idée de pénétrer en vainqueurs dans ce temple de la république UMPS qu’ils passent leurs journées à conchier. Qui le leur a fait remarquer ?

Qui les a charriés – ne serait-ce qu’un peu – sur leur si rapide embourgeoisement ? Ils ne sont pas élus maires depuis six mois que les voilà déjà cumulards ! Une conversion spectaculaire aux us et coutumes de ce "système politique usé et corrompu" qu’ils ne cessent de traîner dans la boue.

Mais qui les a placés en face de cette contradiction ? Qui leur a tendu le miroir dans lequel se reflète une avidité pour les postes qui n’a rien à envier à celle des vieux briscards du palais Bourbon ou du palais du Luxembourg ?

Ces élus très spéciaux ont au contraire bénéficié du traitement très ordinaire et finalement très indulgent réservé par la presse aux professionnels de la profession politique qui nous ont abreuvé toute la soirée d’"effet mécanique", de "sénateurs qui n’aiment pas que l’on s’immisce dans leurs affaires" (sic) de chambre de "résistance".

Un festival de formules toutes faites, de jeu d’esquives et de postures qui non seulement n’auront pas rehaussé l’image cacochyme du Sénat mais fait un peu plus le lit d’un antiparlementarisme rampant.

Un dimanche bleu-marine

Il ne manquait que les micros tendus généreusement aux deux promoteurs de la démocratie directe et du référendum (la seule vraie voix du peuple…) que sont les tout neufs élus frontistes pour que le tableau de ce dimanche sénatorial soit dans les tons bleu-marine.

Ajoutez à cela les excuses trouvées par avance par les trois candidats de l’UMP à la présidence du Sénat aux élus de droite qui auraient voté FN (les pauvres, ils sont "désorientés") pour que les deux représentants du Front se sentent finalement plutôt à l’aise sur les moquettes épaisses avant même de les fouler. Tellement à l’aise que Ravier a déclaré qu’il ne "leur manquait plus qu’une porte à pousser, celle de l’Élysée…".

En attendant, ils n’ont pas eu à forcer celle des médias et encore moins à pénétrer par effraction dans leur univers. Ils y sont désormais les bienvenus. Ne garantissent-ils pas le spectacle en échange d’une promo gratuite assurée ?

Avatar de Olivier Picard

Par 
Chroniqueur politique Nouvel Obs

25/09/2014

Où Sarko passe, l’info trépasse

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Nicolas Sarkozy faisait la grand-messe de France 2 dimanche.

Le lendemain, c’est un sujet sur son compte qui passe à la trappe sur France 3.

Il occupe l’antenne. Ça, on l’a vu sur France 2. Pourtant, certains aimeraient apparemment qu’on l’oublie un peu. Nous sommes dimanche.

La rédaction de la 2 offre sur un plateau d’argent 45 minutes à Nicolas Sarkozy. « Comme par hasard, dès le lendemain, une grossière censure à France 3 », flingue un communiqué du SNJ France Télévisions.

Car, pendant qu’on repasse le tapis rouge pour qu’il n’y ait aucun pli à l’œil nu, un journaliste de France 3 peaufine un sujet qu’il travaille depuis plusieurs jours pour le 19/20 de lundi.

En question : des révélations, basées sur le procès-verbal, sur la garde à vue du néocandidat le 1er juillet à Nanterre dans une affaire, rappelons-le, où il est mis en examen. Ça vous dit quelque chose ?

L’information, à défaut d’avoir été diffusée sur la chaîne publique, est passée dans les colonnes de Libération et sur les ondes de France Inter mardi.

Les journalistes des trois médias préparaient conjointement le scoop. C’est lundi, au moment du montage dudit sujet, que la rédaction en chef a fait comprendre à l’auteur qu’« il n’y avait rien de nouveau, ça ne servait à rien de le passer », raconte Serge Cimino, journaliste au service politique de France 3 et membre du SNJ, ajoutant que « ce que la direction a estimé n’étant pas nouveau l’a été chez nos confrères ».

Cette même direction, par la voix de Pascal Golomer, directeur délégué à l’information du groupe, persiste et signe même un communiqué, parlant d’une décision prise « en toute indépendance ».

Les syndicats, eux, maintiennent : il y a censure. « France Télévisions avait l’occasion de se dédouaner et de montrer qu’elle ne roulait pas à 100 % pour l’ancien président de la République.

Non, nos rédacteurs en chef (…) se sont assis sur leur indépendance professionnelle », dénoncent le SNJ-CGT et le SNRT-CGT du groupe.

Et, cerise sur le gâteau, un joli reportage au cœur du QG de campagne du ressuscité a occupé le trou laissé à l’antenne. Ça a dû piquer les yeux des journalistes de France 3. 

Audrey Loussouarn pour l'Humanité - See more at: http://www.humanite.fr/ou-sarko-passe-linfo-trepasse-552735

08/08/2014

GAZA : MEDIAS FRANCAIS, LE REFUS DE L'HONNETETE ET DE L'OBJECTIVITE !

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Il aura fallu presque un mois de conflit pour que les télévisions et les radios prennent conscience 
du massacre perpétré à Gaza par l’armée israélienne. Et encore…

Après un mois de conflit à Gaza, un constat s’impose : les radios et les télévisions françaises n’arrivent pas à le rapporter. Nul autre conflit sur la planète n’a le droit à cette volonté d’équilibrer à tout prix l’information sur les deux camps. Du 8 juillet au 6 août, les journaux de TF1, France 2 ou BFMTV et les matinales de France Inter et d’Europe 1 ont été scrutés à la loupe.

1 Égalité de traitement entre l’agresseur et l’agressé ?

D’emblée, ce qui choque le plus est sans doute la volonté de tracer un signe d’égalité entre la cinquième armée du monde et une population empêchée de fuir puisque enclavée, qui subit un déluge de bombes. Cette volonté de parité joue à la fois sur le temps consacré à chacune des parties, et aussi sur la volonté de mettre en avant les dommages causés par la guerre des deux côtés de l’enclave palestinienne. Idem pour les reportages diffusés : à la détresse de Gazaouis, qui ont perdu leur famille et leur maison, répondent des images frôlant parfois le mauvais goût. Comme mardi dernier, sur France 2, où le journal s’ouvre sur des images embarquées avec les soldats et deux civils israéliens qui font part de leur ressenti sur la trêve. Le second témoin civil, du fond de son jardin, dit alors, sans être recadré : « On aurait dû frapper encore plus fort, les anéantir. » Soit un appel au génocide, sur une chaîne publique, à 20 heures, même pas souligné par le présentateur, Julian Bugier, ni le reporter. Sous couvert d’une sacro-sainte « neutralité », les chaînes accordent la même importance à une terrasse désertée et à un quartier rasé.

2 Le champ lexical utilisé 
n’est pas anodin.

Il est fréquent que le terme employé pour nommer l’armée israélienne soit « tsahal ». Or, cette désignation est utilisée par les Israéliens avec une connotation « familière et affective », relève le journaliste Akrad Belkaïd. La manier sans recul n’est donc pas anodin. Il n’est jamais non plus, ou presque, fait mention de « territoires occupés », et encore moins, évidemment, de « résistance palestinienne ». Mais de « tunnels » dans Gaza et de « terrorisme du Hamas ». Qui finissent du coup par englober la population civile. De la même façon, toutes chaînes et radios confondues ont repris en chœur, au moment de la disparition d’un soldat israélien, le 1er août, les termes d’« otage » ou d’« enlèvement ». Alors que ledit soldat est par définition un prisonnier de guerre. La disproportion des chiffres est ainsi éludée, aussi, en mettant en avant un cas individuel, face aux 1 800 morts de Gaza. Au mieux, quand le terme « colonisation » est évoqué, comme par une élue marseillaise, le 30 juillet, sur Europe 1, il est tout de suite repris et atténué par une deuxième personne (un autre élu, en l’occurrence). Cela posé, les médias ont été forcés d’évoluer au fur et à mesure qu’arrivaient des images de Gaza : la vidéo des enfants palestiniens tués sur la plage, diffusée pour la première fois sur TF1 le 16 juillet, a ainsi agi en déclencheur. À noter que, pour le coup, le champ lexical pour qualifier les manifestants pro-Palestiniens a évolué à ce moment. Même si l’agresseur reste dans un statut d’agressé, lorsque radios et télévisions reprennent en chœur les communiqués officiels d’Israël.



3La loi du mort/kilomètre 
est la plus forte.

L’été rime souvent avec faits divers et sujets bidon dans les journaux télévisés, et ce mois de juillet n’a pas dérogé à la règle : les sujets d’été sur le parfum des glaces, les chassés-croisés de vacanciers sur les routes ou encore… la pluie font florès. Le phénomène de « la loi du mort/kilomètre », qui veut qu’un mort proche de chez soi émeuve autant que mille aux Antipodes, se ressent encore plus lorsque le public a les pieds en éventail. Les sujets de ce type ont disputé l’ouverture des journaux à Gaza. Avec une prime au week-end dernier, où les bouchons sur les routes de France ont régalé les rédactions de TF1 et France 2. Pire : le mauvais goût. TF1 a ainsi procédé à une incroyable transition mi-juillet : après avoir décompté les morts et des destructions, côté palestinien, le présentateur a enchaîné avec un reportage vantant les mérites de vacances en Israël…

4 Les experts ne se bousculent pas aux micros.

La télévision est friande d’analystes en tout genre. Pour le coup, sur le conflit en cours, elle a été d’une totale discrétion. Jusqu’à jeudi matin, aucune chaîne de radio ou de télévision n’a invité de véritable commentateur, hors Charles Enderlain, sur France 2, qui est journaliste. Au-delà, les intervenants traditionnels sur le conflit ont aussi été boudés. Leïla Chahid intervient bien sur RFI le 21 juillet, mais pas ailleurs. Pour autant, quand elles se décident à sortir de ce mutisme, radios et télévisions font sens : ainsi sur France 24, le 22 juillet, Majed Bamya, diplomate palestinien au ministère des Affaires étrangères, démonte point par point l’argumentaire de l’autre invité, Yaron Gamburg, porte-parole de l’ambassade d’Israël en France. Et raconte surtout la réalité de Gaza.