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29/05/2013

Le printemps des chroniqueurs économiques

bfm.jpgpar Mathias Reymond, Acrimed, le 29 mai 2013

Comme nous le soulignions déjà en décembre 2012, les chroniqueurs économiques des grands médias audiovisuels sont interchangeables [1] : ils partagent les mêmes points de vue sur « l’urgence des réformes » (forcément libérales), sur « le rôle de l’État » (forcément trop gourmand), sur « l’Allemagne » (forcément paradisiaque) et sur « la mondialisation » (forcément heureuse). Les crises à répétition, les défaillances d’un système économique et financier qui s’essoufle, l’échec des politiques d’austérité n’y font rien : les mêmes – toujours les mêmes – continuent de pérorer sans plier. Pendant que le printemps se fait attendre, les chroniqueurs économiques, eux, se font entendre…

Les médias de masse (radio et télévision) ne sont pas censés jouer le rôle de prescription que joue la presse écrite qui est aussi souvent une presse d’opinion. Pourtant, dès qu’il est question d’économie, le journalisme devient commentaire. Et l’éditorialiste se transforme en partisan. Partisan de l’économie de marché, de l’économie déréglementée et de l’Europe libérale…

Les réformes, toujours...

Comme toujours, le dénominateur commun des chroniqueurs économiques est l’enthousiasme effréné pour les réformes qui se traduisent toujours par moins d’État et plus de marché. Ainsi, sur Europe 1, Éric Le Boucher donne le « la » en faisant état des chantiers qui attendent la France pour les années à venir :« réforme des retraites, baisse des dépenses de santé, recul des crédits aux collectivités locales et surtout plus de réformes structurelles pour la compétitivité. » (6 mai 2013)

Pour relancer l’économie française, Nicolas Doze sur BFMTV suggère naturellement de « réduire les prélèvements obligatoires. » Et prévient : « ce n’est plus possible de reculer sur les trois réformes attendues et exigées par le reste de l’Europe : réforme sur le marché du travail et sa rigidité ; réforme sur les retraites ; réforme de la libéralisation des professions qui sont encore sous numerus clausus. » (15 mai) La partition est exactement la même sur la chaîne concurrente I-Télé où Jérôme Libeskind préconise donc « de dépenser moins, de taxer moins. » (17 avril) Original...

Même son de cloche sur les autres radios généralistes. Le chroniqueur matinal de France Inter, Dominique Seux, s’inquiète d’un risque d’overdose de la France : « les dépenses publiques, si rien n’est fait, seront en 2014, pour la première fois, les plus élevées des 27 pays européens, au-dessus du Danemark, à plus de 57% du PIB. À ce niveau, ce n’est plus de l’aspirine, c’est de la morphine, c’est-à-dire une drogue. » (6 mai) Et sur RTL, Christian Menanteau pratique un copier-coller exemplaire : « Il va falloir apprendre à gérer sobrement, reformer les prestations sociales, les retraites, les allocations chômage et ça va être d’autant plus indispensable que la corde de rappel allemande ne va pas disparaître. » (6 mai)

On l’aura compris, les réformes libérales sont plus que nécessaire pour tendre vers le modèle allemand.

L’Allemagne, encore...

La rigueur allemande est régulièrement donnée en exemple par les commentateurs de l’économie. Sur Europe 1, Axel de Tarlé incite François Hollande à suivre l’exemple de Gerhard Schröder - « on va voir maintenant si François Hollande aura le même courage » (24 mai) dit-il – en le conseillant sur les réformes à faire dans le cadre de l’assurance-chômage : « Gerhard Schröder en 2005 a réduit de moitié l’indemnisation du chômage à un an contre deux ans en France. Résultat : en Allemagne les entreprises payent deux fois moins de cotisations donc oui elles sont plus fortes et oui les entreprises créent plus d’emplois. Franchement, au point où il en est, François Hollande a tout intérêt maintenant à suivre cette voie qui a fait ses preuves. »

Des preuves qui ne seront nullement contestées par Éric le Boucher : « On peut les soupçonner [les socialistes qui critiquent l’Allemagne] de vouloir, comme leur aile gauche, un abandon de la rigueur au profit d’un retour à la politique menée depuis trente ans d’un nouvel endettement national ou européen. » (29 avril) Mais, ajoute-t-il, « le parti au pouvoir entretient les illusions d’hier : relance des dépenses publiques et attente de la sortie de crise par les autres – par les Allemands, par l’Europe, par l’extérieur. Mais hélas, les problèmes de la France sont français, ils ne sont pas allemands, la compétitivité ne viendra des réformes qu’en France pas en Allemagne. » (29 avril)

Pour que la sauce de la relance prenne, un subtil mélange s’impose : moins d’État, plus d’Allemagne et surtout un blanc-seing pour le patronat.

Les patrons, évidemment...

Le candidat François Hollande voulait encadrer les salaires des grands patrons, mais le gouvernement Ayrault est revenu à la raison : le patrons ne seront pas accablés. Le chœur des chroniqueurs pousse un « ouf ! » de soulagement.

Sur I-télé, Jérôme Libeskind prend la défense des chefs d’entreprise car le moment de les incommoder est mal choisi : « Si le gouvernement avait décidé en plus de légiférer sur la rémunération des patrons, et bien, il aurait à nouveau brouillé ses relations avec les entreprises et leurs dirigeants, et ce n’est pas franchement le moment. » (24 mai) Son collègue de BFMTV, Nicolas Doze – qui avait flairé avec ce projet l’entrée des chars soviétiques dans Paris – approuve le renoncement de Pierre Moscovici : « Passer par la loi sur ce sujet, ça n’a aucun sens. Contrôler les prix, contrôler les salaires, c’est complètement fossilisé comme politique. (…) » (27 mai) Cela aurait été « une loi complètement anachronique. »

Derrière toutes ces analyses, il n’y aurait pas d’idéologie. Tout cela résulterait du bon sens et ne serait teinté d’aucune arrière-pensée politique. Que dire alors quand Axel de Tarlé fait sa chronique sur « l’explosion abusive des arrêts maladie en dix ans » (25 avril). Pour lui cela ne fait pas de doute : il y a de « l’abus ». Pourquoi serions-nous plus malade aujourd’hui qu’il y a dix ans ? » s’interroge-t-il, avant d’insister : « Il y a de l’abus partout, y compris dans le privé ! ». Mais si de Tarlé s’était donné la peine de lire l’ensemble du rapport qu’il cite, il aurait vu que la population active vieillit, que le temps de travail s’allonge et qu’entre « 2008 et 2011, les salariés de plus de 50 ans ayant bénéficié d’un arrêt-maladie ont augmenté de 8,5 %, soit un rythme plus soutenu que celui du nombre total d’arrêts (+1,4 %) » [2]. De plus, « la durée des absences s’accroît avec l’âge : en moyenne, elle est 3,5 fois plus importante pour les salariés de plus de 60 ans que pour ceux de 30 ans.  » [3].

Que penser également de la chronique de Bruce de Galzain « l’éco du jour », sur France Inter, qui prend le parti du libéralisme, le vrai. En effet, il salue la sortie d’un livre de Daniel Tourre (membre du parti Alternative libérale) qui veut combattre les clichés du libéralisme en France : « L’ouvrage est documenté, abordable, drôle ; pas prosélyte, didactique ! Et lorsque l’on demande à Daniel Tourre pourquoi le libéralisme est tant décrié en France, il prend sa part de responsabilité : il y a bien sûr l’omnipotence de l’État-nounou selon lui, la religion de l’État-Dieu qui ne laisse pas beaucoup de place (…) » (10 mai)

***

Toutes ces chroniques sont construites sur le même modèle : plutôt que d’informer sur l’état de l’économie ou du débat économique, leurs auteurs, pourtant journalistes de profession, se contentent, semaine après semaine, de faire valoir leur opinions tout en se faisant juges et prescripteurs des politiques économiques nécessaires à la France.

Et dès lors que tous ces chroniqueurs professent, à quelques nuances infimes près, le même libéralisme échevelé, six semaines (seulement) de leurs élucubrations dans les médias dominants se résument à un seul et même petit refrain, monotone et entêtant, celui du marché… Et tant pis pour l’objectivité journalistique, le pluralisme médiatique et le débat démocratique !

Mathias Reymond

Notes

[1] Lire « Le chœurs des chroniqueurs économiques des ondes.

[2] Le Monde, 25 avril 2013.

[3] Ibid.

10/05/2013

La presse écrite au bord de l’asphyxie financière

Liberte-Hebdo-1061.jpgConfrontée à une crise financière aigüe, la presse voit certains titres disparaître des kiosques. Le directeur de « l’Humanité » en appelle au soutien financier pour que vive la démocratie d’opinionPresse quotidienne nationale et régionale, presse magazine... à l’image de ce qui se passe dans le monde, la presse écrite va mal. Peu de titres échappent à la crise.

Elle n’est pas que française. Des titres ferment en Grèce, en Espagne, aux États-Unis et ailleurs. D’autres basculent sur le tout-numérique, par choix ou le plus souvent contraints.

En France, la diffusion de la presse quotidienne est en baisse régulière depuis cinq ans. En 2012, elle a perdu 7,79 %, une année où deux titres ont disparu des kiosques. « France-Soir » est devenu numérique. La formule n’a pas tenu. Son nouveau propriétaire tente une nouvelle aventure sur iPad. « La Tribune » a cessé son édition papier en semaine pour une édition sur Internet. Mais doit se séparer de 10 de ses 26 membres.

En 2012, la presse magazine subit, elle aussi, un recul de 4,42 % (chiffres OJD).

Début 2013, la plupart des quotidiens ont augmenté leur prix de vente. Pour compenser un recul des recettes publicitaires, la baisse des ventes au numéro. Pour développer aussi leur stratégie numérique. Parfois dans la douleur. Parfois avec une frénésie numérique qui laisse craindre des lendemains qui déchantent.

 Raison pour laquelle « la Croix » a opté pour une solution bimédia (papier plus Internet) qui conserve le papier comme un socle. Autres moyens, autre voie. « Le Figaro » passe par un plan de départs de 70 à 90 personnes pour financer un investissement de 18 millions d’euros sur trois ans portant sur son développement numérique et le lancement d’un Figaro TV avec l’ambition d’atteindre rapidement plus de cent vidéos par jour sur son site.

Une stratégie qui devrait permettre au groupe de Serge Dassault de concourir au fond Google destiné à favoriser la transition numérique (60 millions d’euros sur 3 ans).

« Libération » traverse une passe particulièrement difficile avec un recul de ses ventes vertigineux. Après un repli de 10 % en janvier, celles de février ont enregistré un nouveau recul de 11 % dû, pour une bonne part, à un effondrement des ventes en kiosques de 23,5 % sur la même période. Pour ajouter à ses difficultés, le quotidien traverse une crise en interne sur des choix rédactionnels comme cette une relayant la rumeur d’un pseudo-compte en Suisse de Laurent Fabius.

Les ventes d’« Aujourd’hui en France » (édition nationale du « Parisien » éditée par le groupe Amaury) ont chuté également en février de 10,4 % (– 5,5 % pour « le Parisien »). Dans la famille « magazines », la crise fait aussi des ravages. « Marianne » a chuté de 8,26 % en 2012.

« L’Express » n’a certes perdu que 0,82 %, mais le groupe franco-belge Express-Roularta met en oeuvre un plan social avec pour objectif de réduire de 10 % la masse salariale de l’entreprise, soit environ 80 personnes. « Le Nouvel Observateur » est en léger retrait (0,25 %) sur 2012. Mais a dû faire face à une série d’explications musclées entre la direction et sa rédaction choquée, comme nombre de lecteurs, par la couverture et le traitement de l’affaire « DSK-Marcela Iacub ».

presse,journaux,crise,l'humanitéDans ce paysage bouleversé et malmené, où les journalistes eux-mêmes s’interrogent sur le sens de leur travail, « l’Humanité » et « l’Humanité Dimanche » occupent une place singulière fidèle à l’esprit de Jaurès dont, en 2014, nous commémorerons le centenaire de son assassinat, année des 110 ans de « l’Humanité ». Mais l’heure est à l’urgence. En lançant dans « l’Humanité » un appel pour une souscription populaire pour faire face à d’importantes diffi-cultés financières, Patrick Le Hyaric directeur des deux titres, l’a rappelé : « Comme l’ensemble de la presse écrite, notre journal subit, depuis plusieurs semaines, des effets violents de la crise générale » (lire cicontre).

Dans un contexte de risque d’asphyxie financière pour la presse écrite et plus encore pour nos titres qui ne sont pas adossés à des groupes, la tentation est grande, et certains s’y engouffrent, de jouer la carte dutout-numérique. « L’Humanité » va poursuivre son travail de modernisation de sa plate-forme numérique mais aussi améliorer la qualité de ses journaux, oeuvrer à une diffusion plus importante.

Mais il y a aussi un contexte politique à faire valoir. Comme le souligne Patrick Le Hyaric, « la lecture de “l’Humanité” et de “l’Humanité Dimanche” est un moyen utile pour aider à la mobilisation populaire et unitaire pour faire front contre les puissances d’argent, la droite et l’extrême droite, et pour obtenir un nouveau contrat politique à gauche ».

Article publié par l'Humanité Dimanche

10:39 Publié dans Actualités, Informations, Journal, Réflexions | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : presse, journaux, crise, l'humanité | |  del.icio.us |  Imprimer | | Digg! Digg |  Facebook | |

15/04/2013

JOURNALISTE VEDETTE DE CNN, AMBER LYON AFFIRME AVOIR RECU DES ORDRES POUR DIABOLISER LA SYRIE ET L’IRAN

lionj.png« J’ai choisi le journalisme pour dire la vérité et non pas pour la cacher » Amber Lyon

Amber Lyon était une journaliste vedette de la chaîne d’information télévisée américaine CNN.

Reconnue par sa profession elle a remporté trois fois le prestigieux Emmy Award décerné au meilleur journaliste.

LE CONFLIT DE BAHREINI

Elle a couvert le mouvement Bahreïni non-violent sur le terrain, et elle a été attaqué par la police de Bahreïn. Depuis lors, elle est devenue l'un des journalistes américaines les plus cités sur la lutte pour les droits civils à Bahreïn (royaume du golfe Persique au Moyen-Orient ).

Le quotidien britannique Guardian a révélé que la correspondante , Amber Lyon, avait été licenciée en mars 2012, parce qu’elle avait refusé d’obtempérer suite aux pressions exercées de la chaîne et du gouvernement bahreïni.

CNN, chaîne d’information télévisée américaine qui diffuse à travers le monde, avait demandé à sa correspondante Amber Lyon, en avril 2011, d’ajouter des informations mensongères au documentaire qu’elle venait d’achever sur la situation au Bahreïn. Il lui était notamment demandé d’ajouter que le ministre bahreïni des Affaires étrangères appelait à ne pas ouvrir le feu sur les manifestants ou que l’activiste Nabil Rajab fabriquait de fausses photos de présumées blessures des manifestants…

Sur son compte Twitter, Amber Lyon avait indiqué que la plupart des activistes interviewés, dont Nabil Rajab et un médecin, avaient été détenus par les autorités. Elle-même et son équipe avaient été arrêtées en mars 2011.

La presse bahreïnie l’avait alors accusé d’avoir menti dans son documentaire. « C’est alors que j’ai réalisé à quel point le gouvernement bahreïni était prêt à mentir. J’ai compris ainsi la nécessité de dénoncer ce régime et sa répression exercée contre le peuple et les activistes arrêtés », avait alors déclaré la correspondante. Mais ses déboires ne se faisaient que commencer…

De retour aux Etats-Unis, elle fut surprise du refus de la CNN de diffuser son documentaire, estimé à 100.000 dollars et qui comprenait les témoignages des familles d’activistes torturés et des images choc sur les tirs des forces de sécurité contre les manifestants.

DIABOLISER L’IRAN ET LA SYRIE POUR PREPARER LA GUERRE

Amber Lyon a révélé également que durant son activité pour la chaîne elle avait reçu des ordres afin de transmettre de fausses informations et d'exclure certaines autres non-favorables à l'administration US dans le but de créer chez le public une opinion favorable au lancement d'une attaque contre l'Iran et la Syrie.

Elle a révélé que le scénario utilisé avant le lancement de la guerre en Irak a été préparé pour être répété maintenant que l'Iran et la Syrie sont sujets à une diabolisation permanente.

CNN perçoit de l’argent du gouvernement américain et des Etats alliés ; en échange, elle aligne sa ligne éditoriale sur leurs intérêts… La chaîne américaine n’en est pas à son premier coup d’essai.

En effet, en 2010, le responsable des relations presse au sein du Hezbollah, Ibrahim Moussawi, avait qualifié de « terrorisme intellectuel », le licenciement de la journaliste spécialiste du Moyen-Orient pour CNN, Octavia Nasr, pour avoir exprimé sur Twitter, sa tristesse suite au décès de l'Ayatollah Seyyed Mohammad Hussein Fadlallah ! Le responsable des relations presse avait alors souligné que cette mesure révélait le deux poids, deux mesures de l'Occident vis-à-vis des questions de la région et démasquait les Etats-Unis qui prétendent protéger la liberté d'expression…

Sur son compte Twitter, Lyon Amber écrit : « Les menaces de la chaîne ne m’ont pas fait peur, on cherche à me faire taire. J’ai choisi le journalisme pour dire la vérité et non pas pour la cacher » !

Informations diffusées par le Guardian, l’agence de presse Slovaque, la presse du Togo

10:29 Publié dans Actualités, Informations, Manipulation, Télévision | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : amber lyon, cnn, syrie, iran | |  del.icio.us |  Imprimer | | Digg! Digg |  Facebook | |

17/03/2013

L'assourdissant silence des médias français sur la répression à Djibouti

djibouti-les-forces-francaises-ffdj-rehabilitent-l-ecole-de-dorra.jpgLes médias français se taisent-ils lorsqu’il s’agit de dénoncer la répression à Djibouti, cet Etat de la Corne de l’Afrique où la France a des intérêts, notamment en terme de défense, puisqu'elle accueille la plus grande base militaire française?

A l'occasion des élections législatives djiboutiennes de février 2013, trois grands connaisseurs de la région, l’écrivain Abourahman Waberi, lui même Djiboutien, le philosophe Dimitri Verdonick et Ali Deberkale, représentant auprès de l’Union européenne de l’USN, la coalition d’opposition djiboutienne, livrent une tribune qui critique l'absence de critique des médias français à l'égard du pouvoir djiboutien, publiée par le site La Règle du jeu.

A Djibouti, la répression et l'absence de liberté d’opposition et d’expression ne datent pas d’hier. Et les Djiboutiens sont encore loin d'être libres, nous disent les trois auteurs, contrairement à ce qui transparaît dans les médias français. C’est une déception car, en cette année électorale —des élections législatives ont eu lieu le 22 février 2013— le pays semblait, enfin, s’ouvrir au jeu démocratique:

«Pour la première fois depuis dix ans, les opposants réunis au sein d’une coalition inédite de six partis d’opposition- l’Union pour le Salut National (UNS)», avaient ainsi pris la décision historique de se présenter aux élections.

Pour la première fois aussi, l’opposant exilé en Belgique Daher Ahmed Farah, porte-parole de la coalition d'opposition, est rentré au bercail, conscient pourtant du risque pris. Il a depuis été arrêté. Et «de ce retour d’exil acclamé par la population djiboutienne, les médias français n’ont dit mot».

Une ouverture tout de même relative, puisque face à la mobilisation massive de la population et de l’opposition, «le régime a multiplié les provocations». Un écolier de 14 ans a ainsi trouvé la mort, tué par balles par les services secrets du président Ismaël Omar Guelleh, alors qu’il manifestait avec un groupe d’adolescents à la veille des élections législatives.

Peu de lecteurs de médias français savent que des élections viennent de se tenir à Djibouti. Et les rares informations relayées par les médias français sont loin de tout dire:

«Dès le lendemain des élections, reprenant en chœur une dépêche de l’AFP, certains médias ont annoncé – sans les interroger – les chiffres avancés par le régime et noté que les élections s’étaient déroulées dans le calme.»

«Aucun n’aura appris que l’opposition a proclamé sa propre victoire, ce qui ne revient pas du tout au même que de contester la victoire de son adversaire. Aucun n’aura été informé que, dès le lendemain des élections, le régime djiboutien a renoué avec ses bonnes vieilles habitudes, en arrêtant massivement les manifestants, en enfermant les plus gênants d’entre eux (300 personnes dont 37 femmes et un enfant à l’heure où nous écrivons ces lignes) et en tentant par tous les moyens de réduire au silence les voix de l’opposition politique assignée à résidence et de la contestation populaire d’une ampleur inédite à Djibouti»

«C’est ce qui se passe à Djibouti en période pré-électorale: des balles et du sang pour tous ceux qui réclament des élections libres, transparentes et équitables. ». C’est ce qui s’était déjà produit lors de la présidentielle d’avril 2011: plusieurs dizaines de jeunes manifestants avaient été tués, et des centaines d’arrestations et détentions arbitraires avaient eu lieu.

«Une fois encore, les grands médias français n’ont pas jugé intéressant d’interroger cette situation, malgré les intérêts de la France sur place» constatent les trois auteurs avec colère.

11:20 Publié dans Actualités, Eclairage, Informations, Manipulation | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : djibouti, silence, médias | |  del.icio.us |  Imprimer | | Digg! Digg |  Facebook | |